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AUDE
Ajac

Un rameau des Lévis-Léran s'était fixé à Ajac au milieu du xviième siècle.  C'est donc ici que naquit, en 1720,  François-Gaston, duc de Lévis, défenseur du Canada après Montcalm.

Son château natal, le château d'Ajac, est construit sur l'un de ces coteaux languedociens dont les tons ocres se retrouvent dans le crépi des maisons des alentours. Aujourd'hui transformé en habitation paysanne, le château est partagé  entre plusieurs familles, mais on y voit encore les traces de l'ancienne ordonnance du xviième siècle:  rampes d'escalier, cheminées, moulures et, autour des bâtiments,  les pierres effondrées de l'ancien rempart.

Dès qu'il est en âge de porter les armes,  François-Gaston manifeste son tempérament : il court les champs de bataille, sert sous les ordres du chef de famille, le maréchal de Mirepoix,  et se fait remarquer à plusieurs reprises pour sa bravoure.  En 1756, ses états de services lui valent d'être nommé brigadier pour servir en second au Canada,  sous les ordres de Montcalm.

Lévis ne débarque pas inconnu au Canada, puisqu'une ville y porte déjà son nom en l'honneur des deux vice-roisHenri de Lévis duc de Ventadour et François-Christophe de Lévis duc de Damville; maisFrançois-Gaston,  à  son tour, s'attire la sympathie et l'amitié  des habitants dont il apprécie la tournure d'esprit, le courage et dont il ne dédaigne pas les leçons en matière de stratégie. Avec le marquis de Montcalm, son compatriote languedocien, François-Gaston de Lévis entretient aussi de bonnes relations et une grande complicité se noue entre les deux hommes pour charmer les salons canadiens. François-Gaston de Lévis n'aura pourtant son heure de gloire qu'après la mort de son général en chef.

Chargé de la défense des lacs Ontario et Champlain,  il n'assiste pas au combat des plaines d'Abraham.  Lorsqu'il apprend la défaite, il accourt en toute hâte pour assurer le commandement et restaurer l'ordre. Puis, avec son armée, en partie composée de Canadiens,  il remporte la bataille de Sainte-Foy qui l’oppose au général anglais Murray.

Encouragé parce succès inespéré, il tente alors de ressaisir Québec, mais les armées britanniques s'avancent de toutes parts et,  malgré  les protestations de François-Gaston de Lévis, le gouverneur Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial doit se résigner à signer la capitulation. C'est alors que le vaillant François-Gaston de Lévis entre pour de bon dans la légende avec deux gestes pleins de symbolisme et de fierté  que célébrera à  loisir la tradition orale :  comme l'adversaire exige la remise des drapeaux, François-Gaston de Lévis ordonne qu'on les réunisse et, chapeau bas, les fait brûler devant lui.  Plus tard, au moment de rendre son épée aux vainqueurs, François-Gaston Lévis préfère la briser,  s'attirant ainsi l'estime et les applaudissements des troupes anglaises présentes. A son retour en France, il est successivement nommé Maréchal de France, Duc d’Avesne et Gouverneur d’Artois. A Ajac, une rue porte son nom en hommage à l’homme d’honneur qu’il fut: rue Maréchal de Lévis.

Quant au château d'Ajac, passé par mariage aux Montcalm,  il resta dans les familles alliées des deux défenseurs du Canada jusqu'en 1870.

AUDE
Carcassonne

Jean-François de la Rocque de Roberval est né vers 1500 dans la belle cité  de Carcassonne dont son père était gouverneur.  Nous évoquerons donc sa silhouette de courtisan malchanceux,  en parcourant les remparts de la plus grande forteresse d'Europe qu'au siècle dernier Viollet-le-Duc reconstitua quasiment.

Jean-François de la Rocque de Roberval passe sa première jeunesse à la cour deFrançois d'Angoulême qui,  devenu roi sous le nom de François Ier,  le protège toujours. Cette protection le sauve lorsque, en 1535, s'étant converti à  la religion réformée,  il est proscrit avec d'autres protestants dont le poète Clément Marot. Mais Jean-François de la Rocque de Roberval, ruiné dans cette affaire, a l'idée de refaire sa fortune au Canada, pays dont Jacques Cartier avait si bien décrit les immenses richesses. François Ier, bon prince, le nomme "Lieutenant Général en Pays deCanada" et lui donne pour mission d'y répandre la foi catholique et d'y fonder une colonie en bâtissant villes et églises.

Jacques Cartier doit lui servir de guide et de conseiller dans cette expédition, mais ce dernier, mécontent de se voir attribuer un chef, part au Canada sans l'attendre. Jean-François de la Rocque de Roberval va alors devoir faire face à de multiples difficultés aux quelles il n'est pas préparé : depuis la réunion d'un équipage composé en partie de forçats jusqu'aux détails matériels de l'expédition, tout est nouveau pour lui !

vue d'ensemble de  CARCASSONNE

vue d'ensemble de CARCASSONNE

Au Canada, même problème : les explorations se révèlent difficiles et dangereuses, les hommes se rebellent, la maladie et l'hiver portent un coup fatal à la petite colonie installée sur les bords du Saguenay. Jean-François de la Rocque de Roberval sevoitcontraintde demander du secours.

Cette tentative de colonisation manquée eut un résultat désastreux pour Jean-François de la Rocque de Roberval lui-même qui se ruina, mais aussi pour JacquesCartier. On ne lui pardonna jamais d'avoir éveillé, puis déçu, de si grands espoirs (les diamants et les pierres précieuses,  ramassés sur le sol canadien,  se révélèrent de simples roches de pyrite de fer et de mica). Enfin, ce voyage acheva de jeter en France un discrédit sur le Canada, auquel on ne s'intéressa plus officiellement,  jusqu'aux voyages de Champlain, soit cinquante ans plus tard.

Jean-François de la Rocque de Roberval n'était,  en réalité,  pas prêt à une telle aventure. Nullement marin, secondé par une équipe hétéroclite de courtisans et de forçats, il se desservait lui-même par son caractère intransigeant et violent.  D'autre part, il était resté fidèle à sa foi protestante et on lui demandait de fonder une colonie catholique.  Cette fidélité devait causer sa perte et faire de lui une des premières victimes  des guerres de Religion puisqu'il fut tué, en 1560, à la sortie d'une réunion calviniste.

Originaires de la cité médiévale, quelques hommes sont allés tenter leur chanceau Canada en s'engageant comme colons. Il s’agit de Bernard Miran, qui se marie à Montréal en 1753, Pierre Rousseau qui épouse Véronique Laurent à Sainte-Famille en 1669, Claude Guité, dit Grinelbrun, qui épouse Marie-Modeste Landry à Québec en 1775, et Pierre Guiraud dit Sancartier, qui prend femme à Pointe-aux-Trembles en 1761 .

AUDE
Montréal

Montréal,  dans l'Aude, petit homonyme de la grande cité canadienne, est une étape pleine d'intérêt. C'est une ancienne ville féodale qui, dressée sur une butte derrière ses remparts, entourait le château seigneurial.

La cité connut mille vicissitudes lors de la réunion du Languedoc à la couronne de France (xiiième siècle), puis au cours des guerres de Religion. Ce n'est qu'en 1632 que Richelieu,  au nom du roi Louis XIII, réussit à mettre fin à cette période troublée en donnant l'ordre de raser les fortifications,  selon un édit qui décima nombre de forteresses dans le royaume entier.

Néanmoins, Montréal conserve de beaux vestiges de son passé, notamment l'église Saint-Vincent construite en 1315 sur les ordres du pape d'Avignon, Jean XXII. Cette église, à une seule nef, fut édifiée dans un style gothique méridional, mais elle a été quelque peu transformée au xviiième siècle.

De belles maisons bourgeoises des xviième et xviiième siècles complètent ce tableau plein de charme et de souvenirs. Si vous n'hésitez pas à gravir la colline de Montréal,  vous serez récompensé  par une vue magnifique sur la montagne Noire au nord,  sur les chaînes des Pyrénées, le massif du Canigou et le pic du Midi au sud ; vous recevrez également l'accueil chaleureux des Montréalais qui attendent avec impatience les visiteurs canadiens.

Comme les autres Montréal de France, Montréal de l’Aude a offert des arbres au Jardin botanique de Montréal au Canada pour célébrer ses 350 ans.

AUDE
Mirepoix, Léran

Une vieille rue de Mirepoix

Une vieille rue de Mirepoix

Mirepoix et Léran sont les deux seigneuries de la très ancienne famille de Lévis qui s'est installée en Languedoc à l'époque de la croisade albigeoise (début du xiiième siècle). Cette famille, dont les multiples branches se sont fréquemment illustrées au cours de l'histoire de France, a joué,  à  trois reprises,  un rôle dans l'histoire canadienne: d'abord en la personne des deux vice-rois du Canada, Henri de Lévis duc de Ventadour et François-Christophe de Lévis duc Damville, puis avec François Gaston de Lévis qui prit le commandement des troupes françaises après la mort du marquis de Montcalm à la bataille des plaines d'Abraham.

Le château de Léran rappelle l'époque où la fameuse famille de Lévis s'implanta dans la région.  Située sur une vaste terrasse surplombant la Touvre,  sa tour pentagonale, encadrée de deux ailes transformées par de multiples restaurations, a longtemps renfermé les archive de la famille Lévis depuis le XIIIe siècle. Elles ont été transférées il y a quelques années aux Archives départementales de l’Ariège.

Mirepoix était également une des seigneuries des Lévis. La ville doit sa forme actuelle au troisième des  seigneurs de Lévis-Mirepoix,  Guy de Lévis, qui fit reconstruire de toutes pièces,  en 1279, la vieille cité détruite par la rupture du barrage de Puivert. Il la fit rebâtir sur la rive gauche de l’Hers et lui donna la forme d'un quadrilatère, avec des rues à angles droits. Au centre, la place du Marché est encadrée de vieilles maisons à en corbellement qui, avec l'église et la maison commune, font le charme de Mirepoix.

AVEYRON
Rodez

Rodez est situé à l'extrémité des Causses, sur une butte élevée qui surplombe l'Aveyron. Pendant tout le Moyen Âge,  la ville fut divisée en deux quartiers antagonistes séparés par un mur de fortifications : la cité, ville des évêques,  et le bourg,  domaine des comtes. Le rattachement  de Rodez à  la couronne de France, sous le règne d'Henri IV, rétablit l'unité. Les évêques prirent alors les titres d'évêque et de comte.  La ville a gardé  de nombreuses traces de cette rivalité,  en particulier la cathédrale qui, longtemps incorporée aux remparts, ne possède aucune ouverture jusqu'à mi-hauteur, alors que richesse et préciosité se déploient au sommet du clocher.

Un grand nombre de maisons anciennes, groupées autour de la cathédrale et de la place du bourg, rappellent le Rodez de Jean Dalpé, dit Pariseau qui partit au Canada, en 1665, avec le régiment de Carignan-Salières et épousa Renée Lorion à Montréal en 1674.  Un missionnaire célèbre en Acadie, le Sulpicien Charles de la Goudalie,  est également né à Rodez vers 1678. Il exerça son ministère de 1729 jusque vers le fin des années 1750, avec de réels dons de négociateur durant une des périodes les plus épineuses de l'histoire acadienne, c'est-à-dire juste après la cession de l'Acadie aux Anglais. Il réussit à négocier avec le gouvernement de Nouvelle-Écosse un serment d'allégeance qui accordait la neutralité  aux Acadiens,  assurant à ces derniers un calme relatif de1730à 1750.

Une trace de la famille de Charles de La Goudalie subsiste près de Rodez : il s’agit du domaine de La Goudalie, gigantesque ferme du xviiième siècle ayant appartenu à la famille de La Goudalie. Aujourd’hui, ce domaine accueille réceptions et mariages.

Les descendants de Jean Vadeboncoeur aimeront, sans doute,  poursuivre un peu la route vers le département voisin de la Lozère pour y découvrir, dans la charmante petite ville de Marvejols, la paroisse Saint-Jean des Annelles où fut baptisé leur ancêtre.

AVEYRON
Saint-Geniez-d'Olt, Lapanouse

Saint-Geniez est une petite ville perdue dans le causse de Séverac. On peut y accéder par une route tortueuse qui suit le cours du Lot, à moins que l'on ne préfère la route de Bozouls, plus   rapide. Des maisons médiévales qui se pressent, dégingandées au bord du Lot, à l'ancien couvent desAugustins dont il ne reste que le cloître et l'église, Saint-Geniez-d’Olt est plein d'imprévus.

Mais c'est avant tout pour nous la ville de l'intéressant abbé Raynal.  Né  en 1713, Guillaume Raynal était en quelque sorte un précurseur. Ses ouvrages philosophiques et politiques parlent, en effet, de démocratie et de liberté. Au sujet des colonies,  son point de vue est extrêmement ferme. Ancien Jésuite, il s'élève contre la colonisation et l'attitude du clergé à cet égard.  Il développe ses convictions dans un ouvrage célèbre,  Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (c'est-à-dire les Indes et les colonies d'Amérique). La plupart de ses écrits figurent à la bibliothèque de Saint-Geniez où vous pourrez les consulter à loisir, sous le regard rêveur de leur auteur dont la municipalité possède deux portraits.

Mais l'abbé Raynal n'est pas né à Saint-Geniez-d'Olt où son père occupait la charge de procureur du roi. Sa mère le mit au monde à quelques kilomètres delà, chez ses propres parents qui possédaient une demeure à Lapanouse. Derrière un clocher aisément reconnaissable à ses deux coeurs entrelacés, cette pittoresque bâtisse (signalée par une plaque), à la fois méridionale et sévère avec sa tour et ses deux ailes qui encadrent un corps de bâtiment étroit et haut, nous rend plus vivante l'image du philosophe de Saint-Geniez-d’Olt, mort dans la misère, en 1796.

AVEYRON
Saint-Véran

Les ruines romantiques du château de Saint-Véran, berceau de la famille Montcalm, se dressent dans un site magnifique, surplombant les gorges de la Dourbie.

Nous sommes ici dans une région riche en phénomènes géologiques causés par le ruissellement des eaux à la surface des causses. C'est le cas du Chaos de Montpellier-le-Vieux qui, de loin, ressemble à une grande ville ruinée.

Le château médiéval,  situé à  l'extrémité  nord-est du plateau du Larzac, occupait autrefois une position stratégique, puisqu'il contrôlait l'une des voies d'accès vers la mer et Montpellier.  Originaire de Millau, la famille de Louis-Joseph, marquis de Montcalm, défenseur du Canada,  avait acquis ce château à la fin du xvième siècle. Par la suite, elle s'installa dans la région de Montpellier où Montcalm est né, le 28 février 1712.

Depuis 1990, sous l’impulsion du baron de Savarin de Marestan (qui descend de la famille Montcalm), le château est devenu le siège du Mémorial International Saint-Véran de Montcalm, active association qui a pour but, par ses recherches et ses manifestations, d’œuvrer pour la conservation de la mémoire de Louis-Joseph de Montcalm.

GARD
Vestric-et-Candiac, Vauvert

Louis-Joseph, marquis de Montcalm est né le 28 février 1712 au château familial de Candiac. Il a ensuite vécu au château de Vestric.

Entré très tôt dans l'armée,  il gravit rapidement les échelons de la carrière militaire,  en partie, peut-être, grâce à son mariage avec Angélique-Louise Talon de Boulay,  dont la puissante famille appuie le jeune homme à la cour. Blessé à plusieurs reprises pendant la guerre de Succession d'Autriche,  il acquiert le titre de colonel du régiment de l'Auxerrois. Cependant, au Canada,  Jean-Armand Dieskau,  qui commandait les troupes ordinaires françaises,  a été fait prisonnier lors d'un   engagement, en septembre 1755. L'éventualité  d'une guerre se faisant sentir en Europe,  il n'est pas question de se séparer d'officiers généraux.  On envoie donc Montcalm, tout récemment promu officier supérieur, avec pour tâche de commander les opérations militaires,  mais pour le reste de s'en remettre aux ordres de son supérieur,  le gouverneur Pierre Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial.  Dès son arrivée, Louis-Joseph de Montcalm va se heurter à celui-ci.

Louis-Jospeh de Montcalm est féru de stratégie européenne. Il préconise le regroupement des forces au coeur de la colonie avec la morgue et la condescendance d'un Français de France vis-à-vis des coloniaux. Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial, de son côté, est plus au fait de la topographie des lieux et des méthodes de l'ennemi. Il conseille la guérilla avec l'aide des Amérindiens et la défense des postes éloignés qui constituent autant d'étapes avant la capitale.

Louis-Jospeh de Montcalm, vif, organisateur, enthousiaste, jouit d'un véritable prestige auprès de ses troupes. Mais il est emporté, persifleur et instable, se montrant tour à tour génial ou dépassé. Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial est au contraire calme et pondéré,  parfois trop lent à l'action. Il affiche nettement sa préférence pour ses compatriotes canadiens et se montre des plus réservés quant au succès des méthodes européennes appliquées au Canada.

Cette petite guerre interne au milieu de la mêlée générale ne simplifie pas la situation. De plus,  les rapports du marquis de Montcalm contribuent à  persuader le ministre de la Marine Berryer de l'incompétence de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial et de l'imminence d'une défaite française au Canada.

Pourtant, la campagne du marquis de Montcalm a commencé par une série de victoires qui sont à jamais liées à son nom dans l'histoire canadienne et résonnent comme les derniers sursauts d'indépendance des Français au Canada. Ce sont les victoires de Monongahéla,  Chouaguen, William Henry, Carillon. L'avance des troupes anglaises paraît un moment stoppée, mais les chutes de Beauséjour,  de Louisbourg en Acadie, du fort Frontenac,  puis l'abandon de l'Ohio, montrent bien que la colonie s'écroule à ses deux extrémités. La percée vers le coeur de la Nouvelle-France, que redoutait tant Vaudreuil, a commencé !

Des renforts sont demandés d'urgence en France, mais Louis XV,  trop engagé dans la guerre européenne, se détourne de sa colonie américaine, n'y voyant qu'un jeu secondaire qui risque de saper inutilement ses forces. D'autre part,  le nouveau ministre de la Marine, Choiseul, partisan d'une invasion de l'Angleterre, compte régler en Europe la question canadienne.

C'est dans ces conditions que, le 27 juin 1759,  on voit apparaître les Anglais à l'île d'Orléans. Québec est assiégé. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, le major général anglais James Wolfe tente de prendre Québec à revers. Sans attendre les renforts, le marquis de Montcalm, sur un coup de tête, engage la bataille avec des troupes composées de miliciens mal entraînés : c’est une véritable hécatombe. Louis-Jospeh de Montcalm est mortellement blessé, alors qu'il se retire précipitamment dans Québec avec ses hommes. Il rend le dernier soupir à l'aube du 14 septembre 1759.

La défaite du Canada, selon la plupart des historiens, était une chose inévitable depuis 1755, compte tenu de la conjoncture européenne, du manque d'effectifs, d'armement et de ravitaillement. On ne peut dons imputer la capitulation à tel ou tel homme à la suite de tel ou tel échec. C'est pourquoi Louis-Joseph de Montcalm reste auréolé du prestige d'avoir péri après quatre victoires éphémères en défendant une cause qu'il savait perdue d'avance et pour laquelle il déploya tout son courage.

A Vestric-et-Candiac,  le souvenir de cet enfant du pays demeure vivace comme en témoigne la statue, oeuvre du sculpteur Morice, érigée au centre de la place du Marquis de Montcalm. Malheureusement les souvenirs personnels du marquis de Montcalm ont presque tous disparu. Le château de Vestric, où le marquis de Montcalm a vécu,  abritait jadis un petit musée Montcalm. Le musée a fermé et le château est devenu un centre de vacances pour handicapés.  Le château de Candiac (à la sortie de l’agglomération) est resté la belle demeure du xviième siècle où naquit le marquis de Montcalm mais il abrite maintenant un lycée technique préparant aux métiers des chevaux. Cependant n’hésitez pas à faire un petit détour par l’église du village : c’est l’ancienne chapelle du château de Vestric, et la femme du marquis de Montcalm y est enterrée.

L'église Notre-Dame de Vauvert (à quelques kilomètres de là), où il fut baptisé le 6 mars 1712, est demeurée intacte. Elle représente elle aussi pour ses admirateurs un pèlerinage plein d'intérêt.

GERS
Condom

À Condom, de nombreux monuments du xviiième siècle se succèdent pour donner un écho de l'activité et de la richesse de la ville au " siècle des lumières".

C'est dans cette atmosphère que Jean-Baptiste Dupleix, chevalier de Cadignan, né à Condom en 1738, passa sa première jeunesse. Il était le descendant d'une vieille famille de la ville, dont le "Grand Homme", Scipion Dupleix, s'était rendu célèbre comme historiographe de Louis XIII.

La maison familiale (propriété privée), place Saint-Pierre a été largement défigurée,  mais la rampe d'escalier porte toujours le monogramme des Dupleix de Cadignan : C et D entrelacés. Un peu plus loin, sur la promenade (avenue du Général de Gaulle), l'hôtel de Cadignan, avec sa façade du xviiième siècle, est contemporain du jeune Jean-Baptiste. Mais Jean-Baptiste ne reste pas longtemps dans sa ville natale.  Dès l'âge de seize ans, il entre dans l'armée et est affecté au régiment de Bourgogne.

Un an plus tard, le voici au Canada avec son régiment.  Il participe à l'expédition de Louisbourg en 1755, mais est fait prisonnier lors de la capitulation. Il restera sept mois en captivité.  Par la suite, le chevalier de Cadignan devait à nouveau traverser l'Atlantique pour une cause héroïque.  Il revint en Amérique du Nord, cette fois-ci en tant que lieutenant-colonel du régiment de l'Agenais,  pour participer avec ses troupes aux combats de la guerre d'Indépendance américaine, s'illustrant aux Antilles et à Yorktown. Trois Condomois ont quitté leur terre natale pour s’établir au Canada: Jean Brias dit Latreille, au xviième siècle eta u siècle suivant, Armand Delong dit Duchemin qui se marie à Québec en 1751 et Jean Poitevin, qui épouse Marie-Anne Lhuissier en 1765 à Saint-Michel d’Yamaska.

GERS
Montréal

Montréal,  dans le Gers, est l'un des six villages de France à porter le nom de la grande métropole canadienne. Montréal s'élève dans un site boisé dominant le vignoble del'Armagnac.  C'est un très beau village, construit sur le type des bastides,  ces villes défensives bâties de toutes pièces,  dans le sud-ouest de la France, aux xiiième et xivème siècles,  au cours des luttes pour la prise de possession du royaume d'Aquitaine. Les bastides présentaient toujours le même plan : des rues à angles droits autour d'une place centrale entourée d'arcades.

Montréal,  village fortifié à la limite extrême de l'Agenais,  présente toutes ces caractéristiques. Sa position était fort bien choisie car, grâce à son relief naturel,  la ville n'était abordable que de l'Agenais et pouvait ainsi défier toute attaque.  Des remparts,  couronnés de tours, encerclaient la ville, mais l'église, à l'encontre des autres bastides où elle est construite à  un angle de la place centrale,  faisait partie intégrante des remparts aujourd'hui détruits. Son mur était percé de meurtrières.

La région de Montréal a également gardé  des vestiges nombreux d'une civilisation gallo-romaine florissante :  ainsi, au Glésia, vaste établissement de bains et surtout à Séviac, villa-gallo romaine des ivème et vème siècles, on a retrouvé  de magnifiques mosaïques du Bas-Empire. Montréal a encore un autre atout : c'est une petite cité  gastronomique!  Les gourmands s'y arrêteront simplement pour goûter son délicieux foie gras truffé et son armagnac.

Comme les autres Montréal français, Montréal a offert des arbres au Jardin botanique de Montréal au Canada à l’occasion du 350ème anniversaire de sa fondation en 1992.

Hello, World!

GERS
Saramon

François-Saturnin Lascaris d'Urfé fut nommé abbé commanditaire de l'abbaye de Saramon, aujourd'hui détruite, lorsqu'il revint du Canada en 1694.

Mais,  pour nous, il reste à Saramon un souvenir encore plus émouvant: dans la petite église du hameau d'Estramirac, on trouve l'inscription suivante : « À la mémoire d'Étienne Bordes, soldat du régiment de Languedoc, mortellement blessé au fort du Carillon, le 8 juillet, décédé le 12 du même mois 1758 au Canada ».

HAUTE-GARONNE
Revel

Sur la route de Vaudreuille, Revel est une jolie petite ville endormie qui mérite un détour. Sa grande place est assez extraordinaire,  car elle est en partie occupée  par un vieux marché à la charpente de bois compliquée et magnifique.

Revel est lié à l'histoire des Vaudreuil par un biais assez inattendu:  en 1710, Philippe de Rigaud de Vaudreuil, marquis de Vaudreuil avait réussi à faire reconnaître ses droits sur la propriété de Vaudreuille, restée aux mains de la femme de son frère aîné, après la mort de celui-ci. Mais la propriété se trouvait grevée d'impôts par les consuls de Revel.

Philippe de Rigaud de Vaudreuil, alors gouverneur de la Nouvelle-France,  acheta donc la charge de gouverneur de Revel afin de se trouver en meilleure posture pour discuter de ce problème d'imposition avec les consuls. C'est ainsi que l'habile homme obtint que son patrimoine familial ne soit ni saisi, ni ruiné et que le château reste la propriété des Vaudreuil.

Revel est aussi la patrie de Jean-Pierre Rolland, qui épousa Marie-Josèphe Guertin à Verchères en 1760, puis, toujours à Verchères, Cécile Fagnan (en 1776). Veuf une seconde fois, il se remarie à Montréal en 1786 avec Marie-Josèphe Guay.

HAUTE-GARONNE
Vaudreuille

Si Vaudreuil fut un nom porté par deux gouverneurs de la Nouvelle-France,  c'est aussi celui du petit village de la région de Toulouse, dont cette famille est issue.

Le châteaude de Vaudreuille

Le châteaude de Vaudreuille

Le château de Vaudreuille est caché par les arbres,  sur une colline au-dessus du village. Derrière le gros mur d’enceinte et la grande porte,  les bâtiments percés de fenêtres à meneaux ont un caractère très languedocien avec leurs toits plats couverts de tuiles. Cependant, malgré ses meurtrières et sa tour ronde, la demeure évoque plutôt les débuts de la Renaissance que les ardeurs guerrières du Moyen Âge.

La famille Rigaud de Vaudreuille, devenue Vaudreuil, était entrée en possession de ce château dès le xiième siècle et l'avait embelli par la suite. C'est ici que naquit, vers1643, Philippe de Rigaud de Vaudreuil. Philippe était cadet de famille et donc sans grandes ressources. Aussi embrassa-t-il la carrièredes armes. Il devint mousquetaire et se fit remarquer en haut lieu pendant la guerre de Hollande. C'est à ce moment là  qu'il décida d'émigrer, car il n'avait pas les moyens d'acheter une charge en France.  Il obtint le poste de commandant   des troupes canadiennes. Là, il affirma ses compétences. Puis, jouissant sans doute prématurément de la confiance de ses supérieurs, il fut nommé commandant de la colonie française en l'absence de Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville, alors gouverneur. De telles responsabilités dépassaient les   compétences militaires de Philippe de Rigaud de Vaudreuil.  Aussi se trouva-t-il en partie responsable du massacre de Lachine, qu'il ne sut ni prévoir, ni prévenir.

Néanmoins,  quelques années plus tard,  à  la mort du comte de Frontenac,  il brigue le poste de gouverneur de la Nouvelle-France. Cette charge est attribuée à Louis-Hector de Callières, tandis que lui- même est nommé gouverneur de Montréal, où il peut faire ses preuves.   Ainsi, en 1703, lorsqu'il pose à nouveau sa candidature, il est soutenu avec enthousiasme par la population de Montréal qui apprécie son gouvernement énergique et sa politique à l'égard des Amérindiens.  En effet,  après s'être illustré  dans la guerre iroquoise en 1696, il a réglementé  la vente de l'eau-de-vie aux autochtones. Par ailleurs, il s'est marié en secondes noces avec une Canadienne, Louise-Élisabeth Joybert, et,  contrairement à ses prédécesseurs,   il considère le Canada comme sa patrie d'adoption. Enfin, Philippe de Rigaud de Vaudreuil a acquis de l'expérience, il fait preuve d'honnêteté  et de zèle et sait s'entourer de conseillers avisés.  Malgré tout, son mandat de gouverneur de laNouvelle-Francenese passera pas sans mal. Ayant réussi,  pendant la guerre de Succession d'Espagne, à éviter toute attaque iroquoise ou anglaise,  il se heurte pourtant à  Antoine Laumet de Lamothe-Cadillac,  puis aux intendants Jacques et Antoine-Denis Raudot qui demandent son rappel.  L'intervention de sa femme, ainsi que le changement de ministère à la mort deLouis XIV, le sauvent in extremis. Après le traité d'Utrecht qui cède l'Acadie aux Anglais et proclame les Iroquois sujets de Sa Majesté britannique, Philippe de Rigaud de Vaudreuil est choisi comme porte-parole du Canada auprès du régent par le Conseil de la Marine. Au cours de cette mission, il insiste sur la nécessité d'une émigration importante, afin de pouvoir opposer une résistance plus forte à de nouvelles attaques anglaises ; d'autre part, il préconise une   politique d'expansion économique,  l'établissement de nouveaux postes de traite et la consolidation des alliances avec les Amérindiens.

Convaincu qu'une coexistence pacifique est impossible entre Français et Anglais, Philippe de Rigaud de Vaudreuil passe la dernière partie de son mandat à essayer de contrebalancer l'influence anglaise auprès des Amérindiens par de subtils accords commerciaux et politiques. Maisil n'arrive pas toujours à concurrencer les prix queles Anglais proposent aux Amérindiens en échange de leurs fourrureset de leur alliance.

À sa mort, en 1725, Philippe de Rigaud de Vaudreuil fut pleuré  par tous ses compatriotes et son nom, qui entrait déjà dans la légende, contribua certainement pour beaucoup à  la nomination d'un autre Vaudreuil au poste de gouverneur de la Nouvelle-France en 1755.

Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial,  était le quatrième fils de Philippe. Après une carrière dans la Marine, il est tout à tour gouverneur de Trois-Rivières et de la Nouvelle-Orléans,  avant d'être nommé gouverneur de la Nouvelle-France en 1755, au début de la guerre de Sept Ans.

Dès son arrivée, Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial s'oppose au commandant des troupes françaises envoyé en Nouvelle-France,  le marquis de Montcalm. D'emblée, les deux hommes se trouvent en rivalité  et les antécédents militaires de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial lui font mal admettre qu'un autre puisse prendre des décisions à sa place.  Les rapports des deux hommes sont donc assez houleux. Rigaud de Vaudreuil de Cavagnialne ménage pas ses critiques à l'égard du marquis de Montcalm. Après la mort dece dernier, il se retrouve seul maître à bord. Mais, à ce moment là, la capitulation est la seule solution ; et il s’y résout, la mort dans l'âme et le plus tard possible, le 8 septembre 1760.

Revenu en France, il est emprisonné à la Bastille pendant quinze mois avant d'être déchargé de toute accusation(la défaite et la capitulation) et de recevoir l'ordre de Saint-Louis. Il meurt en France, sans descendance, en 1778.

HÉRAULT
Montpellier

plaque commemorant le départ de Montcalm

plaque commemorant le départ de Montcalm

Au coeur de la vieille ville de Montpellier subsiste encore l'hôtel que la famille de Montcalm occupa pendant plus d'un siècle (3, rue de l'Ancien Courrier, fermé au public, sauf pendant les visites à thème organisées par l’office de tourisme). Les Montcalm étaient une vieille famille de noblesse de robe protestante, mais dans le courant du xviième siècle, ses membres se tournèrent vers la carrière des armes,  tandis que la révocation de l'édit de Nantes obligeait l'aîné à s'expatrier à  Genève.  Le second, Louis-Daniel, père de Louis-Joseph de Montcalm, se convertit alors au catholicisme. Il hérita ainsi de tous les biens confisqués à son frère en raison de l'édit de 1689 qui attribuait aux plus proches parents catholiques les biens des enfuis hors du royaume.

Louis-Joseph deMontcalm,  qui naît catholique, sera donc l'héritier de toutes les possessions familiales dont cet hôtel, construit au xvième siècle, puis embelli aux xviième et xviiième siècles. Bordant une rue piétonnière, dont les demeures du xviième siècle ont été restaurées avec goût, l'hôtel de Montcalm,  signalé  par une plaque,  est une visite émouvante. Le soleil joue sur les corniches et les pilastres de l'harmonieux décor classique méridional d'une cour haute et étroite.

Montcalm aimait tout spécialement cette maison au centre deMontpellier, dont les hôtels élégants et l'animation nous séduisent encore aujourd'hui. Dans son testament conservé  aux Archives départementales de l’Hérault (2, avenue de Castelnau), ses admirateurs pourront déchiffrer les derniers désirs du grand homme. Il demande, en effet, s'il n'est pas tué à la guerre, à être enterré à Montpellier.  Par ailleurs, il fait de son fils aîné son héritier unique et lui laisse l'hôtel qui restera dans la famille jusqu'en 1821.

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Castelnau-Montratier

C'est dans cette ville, qui abrite derrière sa porte fortifiée une place à arcades du xviième siècle, que Pierre Delmas, né vers 1730, a passé sa jeunesse. Engagé au régiment de Berry où il prend le surnom de Beauséjour, il parvient au grade de caporal.  Nous le retrouvons au Canada pendant la guerre de Sept Ans. Mais, pour lui, ce sera la fin du voyage, car il obtient de son capitaine la permission de se marier,  le 9 janvier 1758, avec Geneviève Lessard, fille d'un des citoyens de Sainte-Anne-de-Beaupré et, naturellement, se fixe au Canada.

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Rocamadour

Lorsqu'il décida, en 1536, de passer son premier hiver au Canada,  JacquesCartier ne connaissait pas la rigueur de l'hiver canadien auquel lui-même et ses hommes n'étaient aucunement préparés.  Dès les premiers froids, les corbut commença ses ravages chez les marins mal nourris et mal vêtus.

Devant le péril, Jacques Cartier, en bon chrétien du xvième siècle, ne pouvait que tourner son regard vers le ciel.  C'est ce qu'il fit. Plaçant une image de la Vierge dans un arbre, il y mena prier ses hommes et fit le voeu solennel de se rendre à Rocamadour en pèlerinage si l'équipage revoyait un jour la France. Peu de temps après, le chef amérindien communiquait à Jacques Cartier le secret de son remède antiscorbutique, l'écorce de cèdre blanc. Jacques Cartier et ses hommes purent donc revoir la France. Le capitaine tint-il alors sa promesse ?

Aucun document ne l'établit, mais il est plus que probable que le navigateur ne manqua pas d'exécuter son voeu.  C'était,  en effet,  un homme fervent et intègre qui désirait, de surcroît, poursuivre ses explorations canadiennes.

Rocamadour était à cette époque, et depuis le haut Moyen Âge,  l'un des pèlerinages les plus célèbres de la chrétienté. HenriII Plantagenêt, roi d'Angleterre miraculeusement guéri, avait été l'un des premiers à s'agenouiller devant laVierge.noire, statuette de bois de noyer noirci recouverte d’argent et datant du xiième siècle. Son exemple fut suivi au cours du Moyen Âge par les plus illustres personnages (après Saint Louis, la plupart des rois deFrance) et par la foule des pèlerins.  Auxiiième siècle, Rocamadour connaît son apogée ; de multiples pèlerins affluent, apportant une richesse considérable à l'abbaye.

Plusieurs fois dévastée au cours de la guerre de Cent-Ans, ce sont cependant les guerres de Religion qui portent un coup fatal à Rocamadour. L'abbaye est alors entièrement saccagée par les protestants. Seules, la Vierge noire, et une cloche réputée miraculeuse échappent au désastre. Par la suite, le sanctuaire végéta jusqu'à la Révolution qui lui porta le coup de grâce.

Vue d'ensemble de Rocamadour 

Vue d'ensemble de Rocamadour 

Au xixème siècle, restaurés par les évêques de Cahors,  les bâtiments purent à  nouveau recevoir les pèlerins qui s'y rendent aujourd'hui encore comme par le passé.

Le site de Rocamadour est l'un des plus extraordinaires de France. Accrochés à  flanc de falaise, les bâtiments conventuels, les églises et le château se succèdent à  l'abrupt de la paroi escarpée.  À partir du bourg,  qui conserve de nombreux vestiges de la ville forte du Moyen Âge,  deux cent seize marches,  que les pèlerins montaient à genoux (il y a aujourd'hui un ascenseur), conduisent au parvis des églises: la basilique Saint-Sauveur (xième - xiiième),  la chapelle romaneSaint-Michel dont le mur extérieur est orné de fresques et la chapelle miraculeuse où sont exposées la Vierge noire et la cloche miraculeuse.

Le petit château de Loupiac, à quelques kilomètres de Rocamadour,  appartenait à la famille de Claude de Pontbriant, seigneur de Montréal, compagnon de Jacques Cartier lors de son deuxième voyage au Canada. Notons cette coïncidence qui se traduisit peut-être par une escale du navigateur à  Loupiac. L'absence de tout document nous laisse cependant dans le domaine des hypothèses. Le château de Loupiac, est aujourd’hui un domaine viticole. On y produit un vin répondant au nom de Château de Loupiac-Gaudiet.

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Albi

En réponse au phénomène cathare fut édifiée aux iiième siècle la fière cathédrale Sainte-Cécile, toute de brique rose. De brique également, les vieilles rues et le Palais de la Berbie. Là, dans cet ancien château féodal, est installé  le MuséeToulouse-Lautrec. Célèbre, Albi l'est encore, pour nous, à un autre titre puisque le doyen de Québec y finit ses jours en  1768. Jean de Taffanel de La Jonquière était le neveu du gouverneur Jacques- Pierre de Taffanel de La Jonquière. Entré dans les ordres, Jean de Taffanel de la Jonquière exerçait son ministère aux alentours de Graulhet lorsque son oncle le fit venir au Canada où il devint doyen du Chapitre deQuébec. Il était exécuteur testamentaire du gouverneur, son oncle.  À la mort de celui-ci, après s'être acquitté de sa mission, notamment en remettant à différentes communautés religieuses de Québec, de Montréal et de Trois-Rivières les dons prescrits par son oncle, il rentra en France. Il passa la finde sa vie à Albi, curé de la paroisse Sainte-Marianne, qui s'élevait alors dans le quartier de la cathédrale. Trois albigeois ont fait souche au Canada : Raymond Chesne dit Lagrave qui s’est installé à Grondines en 1690 ainsi queJacques Delisle etRaymond Montagne dit Sanschagrin qui se sont mariés à Québec, le premier en 1738, le second en 1759.

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Castres

On peut et on doit aller à Castres pour visiter le Musée Goya qui s'est installé dans l’ancien palais épiscopal construit sur les plans de Jules Hardouin-Mansart, en 1666, au milieu de jardins dessinés par Le Nôtre. Ce musée,  centre d'art espagnol,  abrite plusieurs toiles capitales de Goya,  parmi lesquelles son Autoportrait aux Lunettes, et de nombreux dessins.

Mais une autre particularité de la ville ne va pas manquer d'attirer notre attention : le long de l'Agout, petite rivière qui traverse Castres,  de curieuses et pittoresques maisons rappellent une très ancienne activité de la ville qui devait sa prospérité au Canada.

maisons des artisans lainiers 

maisons des artisans lainiers 

En effet,  la traditionnelle industrie lainière de la région,  concurrencée par les ouvrages les plus fins venus des Flandres, s'était peu à peu tournée vers les nouveaux débouchés du marché  canadien où l'on attachait plus d'importance à la solidité et à l'épaisseur du drap qu'à son élégance.

Par l'intermédiaire des marchands de Montpellier,  la région s'était donc spécialisée dans les articles réclamés par la colonie canadienne : gros draps de laine, cordages, bas épais et même bonneterie qui était confectionnée spécialement épaisse en vue des frimas canadiens. C'était à Castres que la laine, acheminée des Cévennes ou des Causses voisines,  était dessuintée, lavée puis teinte et naturellement séchée avant de pouvoir être utilisée.

Ces activités encore artisanales étaient effectuées dans les maisons qui longent l'Agout. Dans les sous-sols, au ras de l'eau, la laine subissait tous les traitements, du trempage au dégraissage. Pour les échage, elle était remontée  dans de grands entrepôts situés aux étages supérieurs où une aération constante était maintenue, grâce à des parois de bois ajourées. Ces « séchoirs », souvent réutilisés aujourd'hui en habitations, sont aisément reconnaissables à leur structure de bois.

Cette activité qui faisait la richesse de la ville était donc intimement liée au commerce canadien. On peut imaginer l’attrait qu’exerça le lointain Canada sur Jean Sicard de Carufel. Il partit s’y établir et se maria à Saint-Pierre en 1694 avec Geneviève Raté. Quelques décennies plus tard, la politique allait bouleverser le sort de bien des familles de part et d’autre de l’Atlantique.  C’est pourquoi,  lors de l'annonce de la cession du Canada aux Anglais, la chambre de commerce de Montpellier fut-elle,  avec celle de LaRochelle, une des premières à s'indigner d'un tel renoncement, précisant au ministre Choiseul que le sacrifice du Canada serait pour la province « la ruine totale de toutes les manufactures de petite draperie, ce qui n'est pas un objet modique ».

 Ces craintes,  qui ne furent pas prises en considération parle ministre, s'avérèrent justes et, dès 1762, on cherchait à tout prix, dans les milieux marchands deMontpellier,  à éviter la catastrophe économique. Ainsi prévoyait-on à Castres l'installation d'une manufacture de toile de coton « car les anciennes manufactures dont les produits se consommaient au Canada étaient ruinées ». Néanmoins, le coup était dur et la région fut longue à  s'en remettre. En 1773,  l'évêque de Castres,  dans un rapport demandant une révision des taux d'imposition, décrit l'état du diocèse depuis que les manufactures sont ruinées par la perte du Canada : « Plusieurs milliers d'ouvriers sont réduits à la mendicité, la misère est au comble dans le pays, surtout en présence du prix excessif des denrées ».

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Boissezon

Non loin de là, le village de Boissezon reste marqué par cette même activité lainière. Sur la place qui précède le pont, de vieilles maison marchandes se font face et l'on imagine fort bien la marchandise entassée dans ces sortes de magasins en plein vent ménagés au rez-de-chaussée sous un premier étage en surplomb, soutenu par d'énormes madriers. Sur une façade, une grosse poulie,  fixée à même le mur, rappelle l'époque où  il fallait hisser de lourds ballots de laine dans les greniers ou sur les charrettes. De l'autre côté de la rivière, les restes d'une ancienne manufacture, bâtie au bord de l'eau, évoquent une activité ruinée parce qu'à des milliers de kilomètres de là des compatriotes,  clients de toujours, avaient cessé  d'être français.

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Graulhet

Graulhet est aujourd'hui célèbre comme centre français de la mégisserie avec ses usines, ses maroquineries, et sa Maison des métiers du cuir, mais ce fut, dès le Moyen Âge, un bourg prospère et commerçant. Toutes les corporations y étaient représentées, groupées en confréries d'artisans (tanneurs, tisserands, gantiers,  cordonniers)  dans les différents quartiers de la ville.

rue Panessac

rue Panessac

Des vestiges de cette cité médiévale industrieuse subsistent encore. C'est un véritable voyage dans le passé  que nous ferons en parcourant ses vieilles rues et particulièrement la rue Panessac dont les antiques maisons à en corbellement se rejoignent presque à leurs faîtes.

Graulhet est aussi la patrie d'une famille qui a beaucoup fait parler d'elle de l'autre côté de l'Atlantique. Car c'est dans cette ville que s'est implantée, vers la fin du xvième siècle,  une des branches d'une vieille famille d'Albi, les Taffanel.  Elle y possédait un vaste domaine, le domaine, la Jonquière, où était planté le cèdre qui authentifiait autrefois dans le pays l'appartenance de ses propriétaires à la religion catholique.

C'est dans ce château qu'est né, en 1644, Jean-Jacques de Taffanel de La Jonquière, le premier qui, dans la famille, endossa l'uniforme de marin. Il fit oeuvre de précurseur puisqu'il engagea son neveu, Jacques-Pierre, le futur gouverneur de la Nouvelle- France à  suivre son exemple. Il est ainsi à  l'origine d'un certain nombre de vocations maritimes, dont celle de Lapérouse, dans cette région qui ne possède pas d'ouvertures vers la mer.

En1685 son filleul et neveu naît : Jacques-Pierre est l'aîné de sept enfants. Il est baptisé à Notre-Dame desVignes, petite église située sur une colline, à la sortie sud-ouest de Graulhet. Une plaque commémorant a été apposée sur la façade de l’édifice.

Entré  dans la marine à l'âge de douze ans, Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière est promu chef d'escadre en 1746. Il sera nommé gouverneur de la Nouvelle-France, après avoir réussi à  ramener en France la flotte du duc d'Anville qui, partie pour reprendre Louisbourg aux Anglais, avait été décimée par la tempête et la maladie.

Mais il était dit que le nouveau gouverneur n'entrerait pas si facilement en fonction.  Ayant pris le commandement d'une nouvelle escadre pour rejoindre son poste, il se heurta à une flotte anglaise considérablement plus forte avec laquelle il engagea un combat inégal. Blessé, il ne fut fait prisonnier qu'après une résistance   qualifiée de « surprenante » par Voltaire dans son Précis du règne de Louis XV.

En 1749, Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière arrive enfin à Québec entant que gouverneur. Il résiste avec énergie aux empiètements anglais et travaille à  l'organisation et au développement du pays.  Il encourage la pénétration vers l'ouest qui est alors poussée jusqu'aux abords de Kinistino, en Saskatchewan, où est bâti le fort de La Jonquière. Il renforce la défense contre la menace anglaise en faisant établir, sur les bords du lac Ontario,  le fort Rouillé. Le choix de cet   emplacement  s'avéra particulièrement judicieux, puisque Toronto lui doit sa naissance.  La municipalité de la capitale de l'Ontario n'a d'ailleurs pas oublié  ses origines.  Elle en a fourni le témoignage en 1934 en invitant les descendants des La Jonquière aux fêtes commémoratives de sa fondation.

Épuisé par l'activité qu'il a déployée tout au long de ses cinquante-cinq années de service, le gouverneur meurt à Québec, à  l'âge de soixante-sept ans. Son nom reste attaché à la ville de Jonquière (Canada), bâtie en 1847, ainsi qu'à une rue de Québec et de Sainte-Foy. En France, une rue d'Albi et une de Graulhet portent son nom, de même qu'une rue de Paris bien connue, car le peintre Utrillo en fit le sujet d'une de ses toiles (rue de La Jonquière, Paris xviiième, métro Porte de Clichy).

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Guitalens

Songeant à sa retraite,  Clément de Taffanel de LaJonquière acquiert en 1761 le château de Guitalens.  Il s'y retire après avoir vaillamment combattu au Canada,  mais il reste toujours fidèle aux souvenirs de ce pays puisqu'une de ses filles épouse un neveu Montcalm.

Aussi, lorsque éclate la guerre de l'Indépendance américaine, Clément se sent-il tout à fait concerné.  Pourtant, à son grand dépit, il ne reçoit aucun commandement,  ne bénéficiant pas d'appui suffisant à la Cour.

Il est quand même représenté dans cette guerre par ses deux fils qui sont, tous deux, officiers de marine et qui participent brillamment aux opérations navales, notamment à  la bataille de la baie Chesapeake. Quant à Clément, en souvenir de ses bons services, il est lui-même nommé lieutenant général en 1780.

À Guitalens, le château a bien changé depuis cette époque. En 1891, les bâtiments, en partie ruinés, ont été presque entièrement reconstruits sur des plans de Viollet-le-Duc.  Mais le quinconce de tilleuls planté en 1769 autour de la demeure existe toujours, ainsi que le joli jardin à la française.

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Lasgraisses

C'est à Lasgraisses que s'implanta d'abord la famille Taffanel dont une branche vint par la suite s'établir à Graulhet.  Les Taffanel possédaient, à quelques kilomètres de Lasgraisses, le domaine de Taffanel (à la sortie du village en direction de Montdragon). Situés de part et d'autre d'une allée d'arbres séculaires, les bâtiments –aujourd’hui en ruines - ont été  réutilisés pour une exploitation agricole, mais l'endroit a gardé son nom.

Plus tard, les Taffanel se sont installés non loin delà, à  la sortie de Lasgraisses, dans le quartier aujourd'hui modernisé du Plô. Ils habitaient une propriété entourée d'un parc, dont on peut encore voir aujourd'hui le grand porche d'entrée et quelques bâtiments de ferme.  Clément de Taffanel de La Jonquière est né ici en 1706. Il devait hériter plus tard de son « oncle » (en fait son cousin) Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière,  gouverneur de la Nouvelle-France, qui, n'ayant pas de fils, lui légua ses armes et son titre de marquis.  Clément avait de qui tenir ; il fit, lui aussi, une brillante carrière dans la marine,  la terminant comme lieutenant général des armées navales.

Au cours de sa carrière, il accomplit avec succès de nombreuses traversées vers le Canada. Il se distingua particulièrement à la bataille du cap Finistère, en soustrayant son convoi aux vaisseaux ennemis, retenus sous les feux de l'escadre de son « oncle »  le gouverneur. Malgré la flotte anglaise, il mena à bon port les vingt-cinq navires chargés de troupes et d'approvisionnements impatiemment attendus à  Québec où régnait la disette.

TARN
Saint-Rome-de-Tarn

Au sortir des gorges du Tarn, qu'il a fallu traverser pour atteindre Saint-Rome,  le paysage n'a plus le caractère grandiose des défilés encaissés ni des escarpements rocheux qui nous ont donné le vertige depuis Sainte-Énimie.

Saint-Rome-de-Tarnest pourtant assez haut perché et le Tarn s'écoule pourtant bien en contrebas dans la vallée, mais,  pour nos yeux habitués à de plus profonds précipices, ce dont peut-être les jolies maisons du xviième siècle, avec leurs volets clairs,  qui sembleront maintenant étonnantes.  Un jeune et énergique colon canadien est né ici vers 1644 : Abraham Bouat, confirmé par la suite à Montréal en 1669. Peu de temps après son arrivée, un beau mariage et de bonnes affaires font de lui l'un des premiers citoyens de Montréal. Sur ses huit enfants, un fils sera lieutenant général de Montréal et une fille épousera Antoine Pascaud, riche marchand montréalais, qui deviendra, par la suite, banquier et armateur à Bordeaux.

Avec sa place à deux niveaux, son clocher-porche qui rejoint d'étroites ruelles, ses rues en pente et ses couleurs gaies,  Saint-Rome-de-Tarn, n'en doutons pas,  n'a que peu changé.  Nous y retrouvons cette atmosphère paisible que le bouillant grand-père délaissa pour l'aventure, la fortune et le Canada !

TARN-ET-GARONNE
Saint-Nicolas-de-la-Grave, Castelsarrasin

Saint-Nicolas de la Grave est la ville natale d'un des personnages les plus pittoresques et les pus controversés de l'histoire du Canada: Antoine Laumet dit deLamothe-Cadillac, fondateur de Détroit et gouverneur de la Louisiane. Et nul ne peut l’ignorer longtemps : à l’entrée de la ville, une plaque indique fièrement que nous pénétrons dans la « cité de Lamothe-Cadillac, fondateur de Détroit ».

Antoine Laumet, puisque tel était son vrai nom, est né  le 5 mars 1658.  Son extrait de baptême est conservé  dans les archives de Saint-Nicolas-de-la-Grave et sa maison natale,  non loin de l'église, a été transformée en un musée qui lui est consacré.  Antoine Laumet était issu, en fait, d'une famille de la modeste bourgeoisie, mais il se dota très tôt d'une impressionnante généalogie inventée de toute pièce, d'un titre d'écuyer et d'un nom très noble : Lamothe-Cadillac.

Cette première initiative nous donne un avant-goût du personnage, hâbleur, vantard, doué d'un tel pouvoir de persuasion et de séduction qu'il réussit encore aujourd'hui à diviser les historiens.

Quant à nous,  sans prendre tout à fait parti,  nous ne pouvons nous empêcher de répondre au clin d'oeil que ce personnage ingénieux et virevoltant nous adresse à travers son histoire et sa légende.

Après des débuts pleins de promesses en Acadie où il réussit non seulement à se faire connaître, mais aussi à se marier, à se ruiner et à se faire ses premiers et farouches ennemis, Lamothe-Cadillac arrive à Québec un beau matin de l'été 1691, la fleur aux dents et sans un sou vaillant. Sa réputation a déjà gagné  le gouvernement, mais il connaît parfaitement la côte de la Nouvelle-Angleterre ; aussi passe-t-on sur ses travers et l'envoie-t-on avec le cartographe Jean-Baptiste-Louis Franquelin faire une reconnaissance en 1692.  Le rapport qu'il soumet au gouvernement est si satisfaisant que, dès l'année suivante, il est nommé commandant de Michillimakinac, le poste militaire et commercial français le plus important de l'ouest du pays. C'était là une lourde responsabilité, surtout en cette période de guerre iroquoise, mais le charme et la faconde du Gascon avaient séduit le comte de Frontenac.

Toujours est-il que Lamothe-Cadillac démontra durant sa mission de plus grandes qualités pour le négoce et la traite des fourrures que pour le commandement ; et, lorsqu'il revint à Québec en 1696, la situation était assez confuse dans l'Ouest ; en revanche, il avait lui-même amassé un sérieux pécule.

C'est alors que, le commerce des castors étant compromis parla concurrence anglaise et la raréfaction des fourrures dans les zones relativement proches de Québec, Cadillac lança son idée de génie : établir une colonie française aux abords des Grands Lacs.  Avec son habileté coutumière, Lamothe-Cadillac fait valoir au comte de Pontchartrain, ministre de la Marine,  les avantages considérables de cette nouvelle colonie pour freiner l'expansion anglaise dans la région des Grands Lacs, regrouper et surveiller les tribus de l'ouest et étendre les territoires de chasse.  Le ministre, séduit tant par l'homme que parle projet donne son accord. Lamothe-Cadillac peut donc prendre la route à l'été 1701, accompagné d'une centaine d'hommes. Il fonde un poste fortifié sur la rivière unissant les lacs Erié et Saint Clair, véritable « tête de colonie », c’est la future ville de Détroit.

 Il va jouir d'une relative liberté  de mouvement durant deux ans, jusqu'à l'avènement du nouveau gouverneur de la Nouvelle-France. Philipe de Rigaud de Vaudreuil est un de ses compatriotes du sud-ouest. De vieille noblesse,  il méprise immédiatement ce rusé  parvenu,  et se refuse à laisser Lamothe-Cadillac régner en maître dans les régions du Nord-Ouest.  Il le soupçonne de vouloir se livrer à   la contrebande avec les Anglais et à la traite pour son compte personnel alors que,  diront les mauvaises langues qui soutiennent Lamothe-Cadillac, le gouverneur tient à pouvoir en faire autant lui-même !

En 1708, la querelle est portée devant le ministre qui, ne voulant pas se démettre et faisant toujours confiance à Lamothe- Cadillac,  attend d'être certain de son inconduite pour le rappeler en France, puis le nommer - punition assez douce - gouverneur de la Louisiane.

Au cours de son séjour à Paris, les talents deLamothe-Cadillac vont être mis à profit par le comte de Pontchartrain lui-même. Il s'agit de convaincre de riches financiers que la Louisiane possède un sous-sol immensément riche. L'incroyable talent de persuasion de Lamothe-Cadillac fait encore ses preuves puisque, en septembre 1712, on constitue une compagnie pour le développement de la Louisiane. Néanmoins, le séjour de Lamothe-Cadillac en Louisiane vase solder par un échec, malgré la bonne volonté que déploie ce dernier à rechercher des mines et des débouchés commerciaux pour cette colonie. Hélas, la mésentente de Lamothe-Cadillac avec ses collègues   et,   par ailleurs,  les piètres résultats de l'entreprise finissent par alarmer les financiers qui, en 1716, font rappeler le gouverneur en France. Emprisonné à la Bastille dès son arrivée, il retrouve vite son panache. Le Conseil de la Marine,  revenant sur son jugement sévère, lui octroie même la croix de Saint-Louis avec de copieux arriérés de traitement !

Après avoir essayé, en vain, de faire valoir ses droits sur Détroit, Lamothe-Cadillac retourne dans sa province natale. Il achète la charge de gouverneur de la petite ville de Castelsarrasin (une plaque signale la maison où il vécut, sur la place qui porte son nom) où il meurt, le 15 octobre 1730.  Personnage romanesque,  sympathique et sans scrupules,  le fondateur de Détroit garde son ambiguïté. S'il n'est, pour les uns, qu'un « fieffé menteur », il reste, pour les autres, un séduisant chevalier de fortune.

Mais si le nom de Cadillac nous est familier aujourd’hui, c’est surtout parce qu’il fut donné à la firme de construction automobile de Détroit, bientôt rendue célèbre par sa légendaire automobile à cylindre unique sortie en 1903.  Plus près de nous, le 24 juillet 2001, la célébration du tricentenaire de la fondation de Détroit, a réuni les représentants de la plus grande ville du Midwest américain et ceux de Saint-Nicolas-de-la-Grave.

Quelques compatriote d'Antoine Laumet ont quitté, eux aussi Castelsarrasin pour aller s’établir au Canada, tels Pierre Roche, qui se marie à Château-Richer en 1665 avec Marie L’Anfilé, puis qui se remarie avec Isabelle Blay; et Pierre Toussaint, qui s’établit à Montréal où il se marie en 1758 avec Thérèse Malouin.