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CALVADOS
Bayeux

La cathédrale Notre-Dame de Bayeux compte parmi les plus belles avec ses deux flèches romanes encadrant la tour-lanterne du Patriarche. L'étage gothique qui surmonte la nef romane est épaulé par des contreforts d'une extraordinaire légèreté.  Une galerie de trente-cinq arcades entoure le chevet.

La partie romane de la cathédrale remonte au xième siècle. Elle fut consacrée en présence de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d’Angleterre et de son épouse Mathilde. C'est alors que la célèbre tapisserie de Bayeux, connue aussi sous le nom de tapisserie de la reine Mathilde, fut suspendue pour la première fois autour de la nef (1077).  Cette tenture de lin de sept mètres de long, qui, en fait, n'est pas tissée mais brodée, relate la conquête de l’Angleterre par les Normands.  Elle est aujourd'hui exposée au Centre Guillaume le Conquérant,  rue Nesmond et constitue un chef-d'oeuvre de couleur et de finesse, ainsi qu'un précieux document historique.

C'est dans cette ville d'art que les Alliés pénétrèrent tout d'abord le 7 juin 1944. Première ville libérée de Normandie,  Bayeux tint pendant quelques semaines un rôle de capitale.

De nombreux Canadiens ont alors dû avoir une pensée pour leurs ancêtres originaires de la région : ainsi, Jean Mignot Châtillon, marié, à Québec en 1648 à Louise Cloutier ; Denis Roberge, né en 1631, élève de M. de Bernières de Louvigny, arrivé au Canada en 1660 et marié  en 1667 à Château-Richer ; Louis Fortier qui s'est marié à Lachine en 1679,  Olivier Quesnel dit Tourblanche, maître armurier, marié en 1680 à Montréal ; Antoine Pilon, marié en 1689 à Montréal , Jacques Guéret qui épousa, en 1694, Anne Tardif à Beauport. De la proche région de Bayeux sont également partis Robert Laberge né à Colombières qui a pris femme en 1663 à  Château-Richer et Pierre Picard né à Vaucelles, dont il faut découvrir l’abbaye.

Mais Bayeux est également la ville d'où Marie-Catherine de Saint-Augustin partit pour le Canada après avoir découvert sa vocation.  Entrée chez les Augustines Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Bayeux à l'âge de douze ans, elle devait, quatre ans plus tard,  confirmée dans son désir de devenir religieuse missionnaire, partir pour le Canada. Elle avait à peine seize ans.

Québec était encore un petit bourg,  l'Hôtel-Dieu une « simple cabane » et la menace iroquoise planait constamment sur la communauté. C'est dans cette ambiance hostile que la jeune fille mena sa vie de religieuse, exemplaire et dévouée. Sa personnalité mystique, les souffrances qu'elle affirmait subir pour le Canada et les visions longuement commentées par les hagiographes lui ont valu sa notoriété. Souvent comparée à Thérèse de Lisieux,  elle est considérée comme une des fondatrices de l'église canadienne.

Bayeux est riche en souvenirs évoquant le débarquement de Normandie et le rôle joué par les Alliés dans la Libération. Vous pourrez ainsi visiter le Mémorial de la Bataille de Normandie, dont une partie est consacrée à la part qu’y ont prise les Canadiens. Ne manquez pas non plus le Mémorial et cimetière du Commonwealth.

Les environs de Bayeux offrent aux amateurs d’histoire de la seconde guerre mondiale profusion de lieux à visiter. Vous pourrez notamment faire une halte à  Arromanches. Le cinéma « Arromanches 360 », qui présente sur neuf écrans dans une salle circulaire le film « le prix de la liberté », réalisé à partir d’archives américaines évoquant le débarquement du 6 juin 1944, et le Musée du débarquement sont des escales intéressantes. Le château de Creully mérite lui aussi un détour. En 1944, il abritait les studios de la BBC. On peut y admirer aujourd’hui une collection composée de matériel et de photographies des journalistes canadiens, anglais et français de la Seconde Guerre Mondiale.

CALVADOS
Caen 

Pivot de l'aile nord de la défense allemande et important centre routier,  Caen fut le principal objectif des armées alliées du 6 juin au 9 juillet 1944. Cette ville a donc subi un mois de bombardements ininterrompus qui ont détruit ou endommagé une centaine de monuments historiques et des milliers d'immeubles.

Ce spectacle, qui fit frémir les premiers libérateurs de juillet 44, a été suivi d'une reconstruction résolument moderne qui contraste aujourd'hui avec les parties préservées du vieux Caen

Ville martyre,  Caen a voulu devenir un symbole de renaissance et d'espoir. Le 8 juin 1988 a été inauguré le Mémorial de Caen dont l'ambition est d'être un « Musée pour la paix ».  Le Mémorial présente en effet un parcours historique de 1918 à nos jours évoquant dans le contexte international du xxème siècle, les enjeux, le déroulement et la signification des événements qui ont conduit à la deuxième Guerre mondiale.  Novateur en matière de scénographie,  utilisant toutes les technologies les plus récentes du son et de l'image, le Mémorial met l'accent sur l'émotion et invite le visiteur à réfléchir sur le fléau de la guerre et les conditions à mettre en oeuvre pour maintenir la paix. C'est une visite à conseiller aux jeunes pour qui elle a spécialement été conçue. Le parc international du Mémorial abrite un jardin canadien inauguré en 1995 par Jean Chrétien, premier ministre du Canada de 1993 à 2004. Par ailleurs, à Caen a été posée une plaque à la mémoire du premier soldat canadien tombé pour sa libération.

Les alentours de Caen se souviennent eux aussi avec reconnaissance et émotion des durs combats menés pour eux par les soldats canadiens. La liste est longue : Audrieu (à 18 kilomètres à l’Ouest de Caen), Authie (à deux kilomètres à l’ouest de Caen), Bernières-sur-mer (à seize kilomètres au nord de Caen), Estrée-la-Campagne (à 20 kilomètres au sud de Caen), Lasson (à 20 kilomètres au sud de Caen), Louvigny (à deux kilomètres au sud de Caen), May-sur-Orne (à 10 kilomètres au sud de Caen), Reviers (à 12 kilomètres au nord de Caen, Saint-André-sur-Orne (à 5 kilomètres au sud de Caen), Sainte-Croix-sur-Mer (à 18 kilomètres au nord de Caen) et Varaville (à 15 kilomètres au nord-est de Caen)… autant de communes où sont tombés des Canadiens, morts pour la libération de la France. Des plaques et des monuments y célèbrent leur mémoire montrant que personne n’a oublié les vaillants régiments canadiens (Royal Winnipeg Rifles, North Nova Scotia Highlanders, régiment de La Chaudière, 10è régiment blindé, The Fort Garry Horse, régiment du Nouveau-Brunswick, First canadian scottish, Regina Rifles, Worthingthon Force, régiment royal du Canada, régiment canadien français des fusiliers Mont-Royal, régiment de Maisonneuve de Montréal, premier bataillon canadien de parachutistes…) qui ont débarqué en juin 1944. Beaucoup de soldats canadiens sont enterrés dans la région de Caen. Au cimetière de Bretteville-sur-Laize (à 14 kilomètres au sud-est de Caen), reposent 2793 soldats canadiens. Le cimetière de Bény-sur-mer, à une quinzaine de kilomètres de Caen, abrite deux mille tombes canadiennes dont bon nombre sont celles de Canadiens français du régiment de La Chaudière qui débarqua le 6 juin 1944 à Juno Beach et libéra Bény-sur-Mer le soir même.

Caen est une ville fort ancienne qui doit une part de sa prospérité à Guillaume le Conquérant (1027-1087).  Celui-ci la fortifia à partir de 1060 et en fit la capitale de la Basse- Normandie, donnant à la ville un essor qui se poursuivra durant tout le Moyen Âge. On construisit alors l'abbaye aux Hommes et l'abbaye aux Dames, sur l'initiative même de Guillaume et de sa femmeMathilde,  afin de « racheter » leur mariage quelque peu irrégulier. Chacun d'entre eux est d'ailleurs enterré dans son abbaye respective.

Aux viième siècle,  Caen se tourne vers le Canada sous l'influence de Jean de Bernières de Louvigny, trésorier de France à  Caen, dévot conseiller de Mme de La Peltrie.

Dès 1636, Jean de Bernières de Louvigny avait été sollicité  par Mme de La Peltrie qui désirait se consacrer à la fondation des Ursulines de Québec et lui demandait son soutien dans cette entreprise. La même année, un groupe de colons caennais prenait le chemin du Canada : Michel Leneuf, sa mère et sa soeur ; Jacques Le Neuf, son frère, suivi de sa fille et de sa femme, née Marguerite Legardeur, ainsi que ses frères Pierre et Charles Legardeur, natifs de Thury-Harcourt. Ce petit clan familial s'était décidé à gagner le Canada à la suite de Charles Huault de Montmagny,  gentil homme normand, nommé deuxième gouverneur de la Nouvelle-France en 1636.

Les familles alliées, Leneuf et Legardeur, formaient un véritable clan qui chercha pendant plusieurs années à s'assurer le monopole de la traite des fourrures et fut,  avec Noël Juchereau, à l'origine de la Communauté des Habitants du Canada. Fixées à Trois-Rivières, les deux familles participèrent activement à la vie publique et commerciale de la ville. Michel Leneuf devint syndic des habitants, son frère, lieutenant du gouverneur, et son beau-frère, membre du Conseil Souverain de la Nouvelle-France.

C'est également grâce à  l'influence de Jean de Bernières de Louvigny qu'Augustin de Saffray de Mézy,  major du château de Caen,  abandonna une vie dissolue et attira l'attention de François de Laval, futur évêque de Québec, lui aussi disciple de Jean de Bernières.  Lorsque le baron Dubois Davaugour, gouverneur de la Nouvelle-France jusqu'en 1663, fut rappelé  en France, le roi demanda conseil à Mgr de Laval pour le choix de son successeur. C'est ainsi que François de Laval proposa son ancien condisciple, Augustin de Saffray de Mézy. À son arrivée à Québec, en 1663, ce dernier amenait cent soixante artisans et était porteur de la promesse de prompts renforts militaires contre les Iroquois.

Son action se révéla bénéfique,  puisqu'il soutint la colonisation, encouragea le défrichement et interdit la vente d'alcool aux Amérindiens. Mais, très vite, ses relations avec Mgr de Laval se détériorèrent - les deux hommes s'accusant mutuellement d'abus d'autorité. Augustin de Saffray de Mézy allait être rappelé en France,  lorsqu'il mourut après s'être réconcilié avec François de Laval.

À Caen, le château dont Augustin de Saffray de Mézy fut gouverneur est une des plus vastes forteresses médiévales de France. Sa fortification,  commencée par Guillaume le Conquérant,  fut remaniée à  plusieurs reprises aux  xivème et xvème siècles, tandis que les portes, précédées de barbacanes, datent de la fin du xvième.  À l'intérieur, de l'enceinte, le « Logis du Gouverneur » (xviième) abrite aujourd'hui le Musée de Normandie, consacré aux arts et traditions populaires de la région.

Au pied du château, l'église Saint-Pierre, commencée au xième siècle dans le style gothique et terminée à la Renaissance, fut la paroisse du neveu de Jean de Bernières de Louvigny. Henri de Bernières, sur la recommandation de sononcle,  fut nommé premier curé de Québec par Mgr de Laval.

L'église Saint-Pierre, quant à elle, mérite une attention toute particulière. Avec ses campagnes deconstruction successives,  sa nef, sa tour et sa flèche montées peu avant 1320, ses collatéraux du xvème siècle et, dans le chevet,  les dernières extravagances du gothique flamboyant voisinant avec les premières productions de la Renaissance, elle constitue une sorte de musée de l'architecture de Normandie.

Le chaudronnier Gilles Lauson, né en 1631, et ancêtre des Lauzon du Canada a été baptisé à  l'église Saint-Julien (reconstruite en 1954). Jean Legras, interprète du roi, est né à Notre-Dame de Froiderue en 1656. Il se marie en 1677 à Montréal.  Jean Gay est également né à Caen, mais on ne connaît pas sa date de naissance. Il s'est marié à Québec en 1670. Citons encore, dans la proche région de Caen, Philippe Lesaulnier de Saint-Michel, originaire de Clinchamps-sur-Orne qui se maria à Québec en 1705 et Louis Morel né à Amblie et arrivé au Canada en 1755. 

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Courseulles-sur-mer et Juno Beach

Les plages de Normandie sont marquées par l’histoire du débarquement de 1944. Courseulles-sur-mer et ses environs ont été le théâtre de l’intervention des troupes canadiennes, qui ont débarqué à Juno Beach (secteur allant de Ver-sur-Mer à Saint-Aubin sur Mer)  le 6 juin 1944 et libéré Courseulles-sur-Mer.

A Courseulles, le Centre Juno Beach, ouvert depuis le 6 juin 2003 a été créé en l’honneur des libérateurs canadiens et présente le rôle du Canada durant la Seconde Guerre Mondiale. En vous promenant sur le front de mer de Courseulles, vous pourrez également voir un monument dédié au Royal Winnipeg Rifles et une stèle à la mémoire des hommes du First Canadian Scottish Regiment. Ne manquez pas non plus le char Sherman, sur lequel sont soudés les insignes des unités canadiennes ayant combattu dans le secteur.

Si vous désirez explorer les environs, vous pouvez suivre les panneaux « overlord-l’assaut ». Ils vous guideront sur les lieux intéressants du débarquement canadien et du secteur anglo-canadien. Peut-être souhaiterez-vous aussi aller vous recueillir sur la tombe de compatriotes qui ont si courageusement sacrifié leur vie pour la France. Sachez alors que deux importants cimetières canadiens de Normandie se situent à Reviers et Cintheaux. De nombreux monuments aux morts ont également été érigés dans bien des communes de la région où sont tombés des Canadiens (LeBosc-Roger-en-Roumois, La Londe, Saint-Ouen du Tilleul, Bourgtheroulde-Infreville…).

Honfleur

Honfleur

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Honfleur

L'essor de Honfleur date du début de la guerre de Cent-Ans. Le roi Charles V fit alors fortifier la ville pour en faire un bastion défensif contre les Anglais qui risquaient, par la Seine, de remonter jusqu'à Paris.

Au xvième siècle commence la glorieuse histoire maritime de Honfleur. Ses navigateurs gagnent, en 1503, le Brésilet, dès 1505, Jean Denis visite Terre-Neuve et l'embouchure duSaint-Laurent dont Jacques Cartier poursuivra l'exploration quelques années plus tard (1534-1542), prenant officiellement possession du pays au nom du roi de France.

Honfleur devient dès lors une base de choix pour les pêcheurs et les négociants en pelleterie : Pierre de Chauvin de Tonnetuit,  natif de Dieppe, s'y installe. Dès qu'il obtient (1599) le monopole de la traite des fourrures, il s'embarque pour le Canada où  il tente de fonder le premier poste de traite permanent à Tadoussac (1600).

François Dupont -Gravé, capitaine de navire, natif de Saint-Malo, se fixe lui aussi à Honfleur à partir de 1600. Il travaille à tour de rôle pour Pierre de Chauvin de Tonnetuit, puis, pour Aymar de Chaste et Pierre Du Guade Monts, titulaires du monopole. C'est ainsi queFrançois Dupont -Gravé dirige une expédition d'exploration et de traite à laquelle Samuel de Champlain prend part comme simple observateur en 1603. Ce voyage est à l’origine de la vocation canadienne de Champlain qui, sous la direction de Pierre Du Gua de Monts repart en 1604 pour fonder en Acadie la première implantation française en Amérique du Nord. Samuel de Champlain et ses compagnons passent trois hivers de suite en Acadie. C'est alors qu'en 1608, Samuel de Champlain, peu satisfait de Port-Royal, propose de créer une « habitation » à la pointe de Québec.

Ces expéditions,  qui marquent de grands jalons dans l'histoire canadienne, sont toutes parties de Honfleur.  Une plaque en rappelle le souvenir sur le mur de la Lieutenance, à la sortie du vieux port. Au dessus de cette plaque et tourné  vers la pleine mer, un buste de Champlain offert en 1983 (année  du tricentenaire de la naissance de Champlain)  à la ville d'Honfleur par la Fondation Macdonald Stewart au nom de France-CanadaMontréal porte l'inscription : « Hommage au fondateur de Québec parti en 1608 de Honfleur à bord du navire laBonne Renommée ». Ce buste a une histoire curieuse puisqu'il a tout d'abord orné le salon d'honneur du transatlantique Le Champlain coulé au large de Royan au début de la deuxième guerre mondiale, puis a été récupéré dans les années 1970, par des plongeurs sous-marins. C'est en 1983, également, qu'un quartier de Honfleur situé sur le plateau de Gonneville fut nommé « Quartier de Québec » en souvenir des liens historiques qui unissaient les deux villes.

Le port de Honfleur prend son apparence actuelle à la fin du xviième siècle, sous l'influence de Colbert.  L'ancien havre fait alors place à un bassin à flot, l'actuel vieux port, fermé par la Lieutenance, dernier vestige des fortifications de la ville.  Les maisons qui entourent le port sont des xvième, xviième, xviiième siècles. Un revêtement d'ardoises gris-bleules protège contre les intempéries.

Sur les quais, l'église Saint-Étienne, terminée en 1432, est la plus ancienne de la ville. Elle abrite aujourd'hui un Musée de la Marine dans lequel on remarquera particulièrement des maquettes de bateaux et des vitraux représentant le départ de Champlain. Ces vitraux ont été réalisés à l’initiative de la Société du Vieux Honfleur, qui, à la fin du xixème siècle restaura l’église et fit reconstruire son clocher, abattu en 1808.

Derrière l'église, rue de la Ville, les greniers à  sel furent réédifiés à la fin du xviième siècle sur l'emplacement d'anciens dépôts devenus trop exigus. Les besoins en sel de Honfleur s'étaient considérablement développés avec la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve et dans l'embouchure du Saint-Laurent.

Dans cette même rue, au numéro 1, une maison de bois de la fin du xviième siècle abrite le presbytère Notre-Dame (c’est aujourd’hui un restaurant). La maison où  Dupont-Gravé habitait et où il reçut Champlain était toute proche et, assurément, d'un style voisin de celle-ci.

De l'autre côté du port, l 'église Sainte-Catherine, avec son clocher séparé, est un monument d'une grande originalité, puisqu'il a été  entièrement construit en bois   par des charpentiers de marine (fin du xvème, début du xvième siècle).  Sa voûte a, de ce fait, l'allure d'une carène de bateau renversée reposant sur des piliers de bois. Le clocher en pierre a été construit en face de l'église, car la charpente de bois de cette dernière n'aurait pu supporter le poids des cloches.

En contrebas,  la rue Haute (la plus basse de Honfleur, ainsi nommée parce qu'elle surplombait la grève) est bordée de maisons des xvème, xvième et xviième siècles. Elle était habitée par les marins et les armateurs.

C'était le quartier maritime de Honfleur ; on y trouvait de nombreuses auberges. C'est dans l'une d'elles, à l'Image Notre-Dame,  que logèrent, en 1613, les premiers colons qui attendaient leur départ pour l'Acadie.

Au-dessus de Honfleur, sur la côte de Grâce d'où  l'on a une vue magnifique sur l'embouchure de la Seine et sur le Havre, s'élève l'un des monuments les plus célèbres de Honfleur,  la chapelle Notre-Dame de Grâce,  construite entre 1600 et 1613. Depuis cette époque, une foule de pèlerins et particulièrement de marins n'ont cessé d'y venir prier avant leur départ en mer, comme en témoignent les nombreux ex-voto qui couvrent les murs et le plafond de la chapelle. L'histoire des premières explorations et des débuts de la colonisation canadienne ainsi que la liste des hommes qui s'y sont illustrés figurent sur de grandes plaques de marbre dans la chapelle de gauche.  Deux colons moins connus de l'histoire officielle mériteraient bien d'y figurer aussi car ils ont apporté  une nombreuse descendance au Canada : ce sont Martin Guérard et Guillaume Vanier qui se sont mariés respectivement en 1667et 1672 à Québec.

CALVADOS
Thury-Harcourt

Détruite à quatre-vingt pour cent lors de la bataille de Normandie en août 1944, Thury a été en partie reconstruite: renouveau qui l'a fait rompre presque totalement avec son passé.

Ce passé était pourtant prestigieux, puisque le château de Thury, incendié lors du bombardement,  était une ancienne résidence des ducs de Normandie. Cependant,  la façade du xiiième de l'église Saint-Sauveur subsiste encore telle que l'ont connue quelques fameux colons des tout débuts du Canada : l'abbé Le Sueur, dont c'était l'église paroissiale, et les frères Legardeur qui y furent baptisés dans la première moitié du xviième siècle.

Ces derniers sont nés à Croisilles, à la ferme du Breuil, grosse ferme du XVIIe siècle qui dresse ses gracieuses fenêtres au milieu des arbres. En 1636, nous les retrouvons au Canada avec toute leur famille : leur mère, leur soeur, et la belle-famille de cette dernière, les Leneuf, de Caen. Ce petit groupe est arrivé à la suite du gouverneur de Montmagny.

En  1644,  Pierre Legardeur,  de concert avec Noël Juchereau, rallie les notables de la l'idée d'une communauté  qui prendrait en main le monopole de la traite des fourrures. Dans ce dessein, Pierre se rend à Paris,  négocie avec les directeurs de la Compagnie des Cent-Associés et, appuyé parles Jésuites, obtient gain de cause. Le transfert s'effectue en janvier 1645. La nouvelle compagnie prend alors le nom de Communauté des Habitants. Cependant,  sous la direction de Pierre Le Gardeur, la communauté reste un monopole familial,  duquel est évincé le reste de la population canadienne. C'est pourquoi Robert Giffard de Moncel et Paul de Chomedey de Maisonneuve obtiennent,  lors d'un second voyage, la création d'un conseil de gestion et de surveillance.

Pierre, qui était directeur des embarquements et faisait fréquemment la navette entre le Canada et la France, devait périr au cours d'une épidémie lors d'un voyage à La Rochelle en 1648. Il laissait, à sa mort, les seigneuries de Repentigny et de Bécancour qu'il avait obtenues et dont il avait pris le nom en 1647.

Charles, son frère, a lui aussi joué un rôle actif dans l'administration de la Communauté des Habitants.  Il fut gouverneur de Trois-Rivières de 1648 à 1650,  puis s'associa avec François Bissot pour chasser le loup marin et obtenir de la Compagnie des Cent-Associés le monopole de la pêche à Tadoussac. Allié par mariage à la famille Juchereau,  Charles devint vite un personnage important. Il était membre du Conseil souverain et jouissait de la confiance du gouverneur Saffray de Mézy.  Frontenac, enfin, le chargea du gouvernement militaire de Québec lors de son voyage au lac Ontario.

Jean Le Sueur, curé de Saint-Sauveur, est arrivé au Canada dès 1634 avec Giffard et les premiers colons percherons. Premier prêtre séculier des établissements du Saint-Laurent, il s'installe tout d'abord à Québec, paroisse Saint-Jean, sur les terres de son ami Jean Bourdon.  Par la suite, tout en s'intéressant de très près à l'évangélisation des autochtones, il participe à la fondation de l'Hôtel-Dieu de Québec, procure les terres et dirige les ouvriers chargés de défricher,  puis de bâtir les logements. Il sera le chapelain des premières religieuses et le confesseur de Catherine de Saint-Augustin. En souvenir de son église d'origine, la paroisse, située sur des terres qu'il possédait à Québec, a pris le nom de Saint- Sauveur et son église présente des similitudes avec celle du village français.

EURE
Chamblac

Une collection unique des souvenirs de Mgr de Laval avait été réunie par le célèbre romancier normand Jean de la Varende,  décédé au début des années 1960.  Ces pièces, conservées au château de Chamblac, sont aujourd'hui encore la propriété de la famille de La Varende. Elles comprennent divers objets personnels de François de Laval, des tapisseries, l'acte de vente de son château, mais surtout son portrait,  tableau d'une valeur inestimable pour les admirateurs du grand prélat. Des maquettes de navires du temps complètent cette collection.

Malheureusement, le château est une propriété privée, seuls les extérieurs en sont visibles, et uniquement en période estivale.

EURE
Pont-Audemer

Ancienne ville de tanneurs, Pont-Audemer est constellée de petits cours d'eau. Mais cet aspect de la ville n'apparaît pas au premier abord.  Il faut scruter les grands porches de l'artère principale (la rue de la République) ; ils conduisent presque tous à de curieuses venelles traversées de canaux et bordées de maisons à pans de bois des xvième et xviième siècles.

L'église Saint-Ouen, qui ouvre également sur la rue de la République son portail inachevé du xvème siècle, abrite un chœur en partie roman et une nef du xvème siècle, ainsi qu'une belle suite de verrières du xvième siècle.

Cette ville, autrefois spécialisée dans le traitement des peaux et des fourrures, est la patrie de François Bissot (1614),  fondateur de la première tannerie canadienne. Installé à la côte de Lauzon dès 1639,  François Bissot épouse, en 1648, Marie Couillard,  fille de Guillaume Couillard. Puis, il forme une association avec d'autres Normands pour la chasse du loup marin à Tadoussac.

Nommé procureur fiscal de la côte de Lauzon à la même époque,  puis représentant des habitants au syndic de Québec, ses activités de traite l'amènent bientôt à entrer en conflit avec les habitants de Rouen . Ce litige, qui se termina pour lui par trois années de prison, ne l'empêcha pas de reprendre ses activités. Par la suite, pour procurer aux Canadiens une plus grande indépendance, il créa, en 1668, avec l'assentiment de l’intendant Talon,  la première tannerie canadienne. Cette tannerie devint vite prospère et suffit bientôt à fournir en cuir toutes les cordonneries de Québec, ainsi que les troupes en garnison. A Saint-Martin-Saint-Firmin, village situé à une dizaine de kilomètres de Pont-Audemer, on peut voir le Manoir Bissot. Visible de la route, ce manoir du xvème siècle qui est pourvu d’un très joli pignon en damier est une propriété privée, et ne peut donc se visiter. Mais si vous ouvrez bien l’œil, vous pourrez apercevoir sur sa façade le blason des Bissot.

EURE
Saint-Ouen-du-Tilleul

A Saint-Ouen a été élevée une stèle en mémoire des Canadiens tombés pour la libération de la France à la fin de la seconde guerre mondiale. Cette stèle porte les noms de treize soldats qui furent enterrés provisoirement le long de la route qui porte depuis 1984 le nom de rue des Canadiens. Les corps des Canadiens morts près de Saint-Ouen du Tilleul sont depuis 1945 tous rassemblés dans le cimetière militaire de Bretteville sur Laize à Cintheaux, entre Caen et Falaise. Chaque année, à la fin du mois d’août, une cérémonie en l’honneur de ces soldats montre la reconnaissance des habitants de Saint-Ouen envers leurs sauveurs, qui, peut-être, étaient des descendants de cousins partis chercher la fortune en Nouvelle-France trois siècles auparavant.

MANCHE
Condé-sur-Vire

Centrée sur la production du beurre et du lait normand, la ville de Condé-sur-Virene présente en elle-même que peu d'intérêt touristique, mais elle est située au coeur d'une jolie région de bocage, et c'est bien là son charme.

Condé est la ville natale de Jean de Brébeuf (25 mars 1593).  Fondateur de la mission jésuite de Huronie, il fut assassiné par l'un de ses apostats le 16 mars 1649 et a été canonisé le 29 juin 1930 par le pape Pie IX.

Sa maison natale, petit manoir campagnard, au lieu-dit la Boissais (ouest de Condé) n’existe plus, mais sur son emplacement a été construite la chapelle Jean de Brébeuf, inaugurée en 1993. De plus, un vitrail de l'église de Condé évoque le grand martyr canadien qui fut proclamé en 1940 saint patron du Canada avec sept de ses compagnons martyrisés.

MANCHE
Le manoir de Brion

Le manoir de Brion n'était à l'origine qu'un simple prieuré  bénédictin dépendant du Mont-Saint-Michel.  Transformé en fief féodal relevant de la couronne royale par ordonnance du roi Charles VIen 1387, Brion servit alors de résidence de plaisance aux pères abbés du Mont et de relais à la cour et aux grands personnages qui se rendaient en pèlerinage.

Les bâtiments de l'actuel corps de logis, commencés en 1509,  furent achevés, en 1526, dans le style Renaissance par Jean Le Veneur, abbé du Mont-Saint-Michel et évêque de Lisieux. Le manoir prit à cette époque sa silhouette actuelle, tout empreinte de finesse et d'élégance.

En mai 1532, François 1er séjourna à Brion en compagnie de son fils, le futur Henri II. C'est pendant ce séjour que l'abbé Le Veneur présenta Jacques Cartier au roi et lui proposa de confier à ce pilote chevronné une expédition vers le Nouveau Monde.

En souvenir de cet événement qui avait décidé de sa carrière, Jacques Cartier donna le nom de Brion à une île dont il fit la découverte dans le golfe Saint-Laurent.

Le manoir de Brion a été transformé en hôtel (Bed and Breakfast).

MANCHE
Le Mont Saint-Michel

Mont-Saint-Michel

Mont-Saint-Michel

« Merveille de l'Occident », « avant-goût du paradis », « porte du ciel ». Le Mont Saint-Michel a été et est encore si souvent et si bien décrit qu'il est inutile de le refaire ici. Signalons cependant au visiteur que c'est Jean Le Veneur,  abbé du Mont Saint-Michel, qui présenta Jacques Cartier à François 1er en 1532 et qui lui proposa d'envoyer le pilote malouin explorer le Nouveau Monde pour trouver, peut-être, une nouvelle route vers la Chine.

Un avis aux courageux : la merveille des merveilles, c'est vraiment le cloître, véritable dentelle de pierres en plein ciel, mais il faut grimper jusqu'en haut de l'abbaye pour mériter cette récompense ! Une cérémonie émouvante touchera plus particulièrement le visiteur canadien : au mois de mai, lors des fêtes de la Saint-Michel de Printemps,  l'office religieux est spécialement dédié aux défunts de la deuxième Guerre Mondiale et notamment aux soldats canadiens tombés sur les côtes du Mont Saint-Michel dès 1942.

MANCHE
Plomb

La Chapdelainière, que l'on atteint par le premier chemin de terre, passé la route de Plomb, est la maison natale d'André Chapdelaine, ancêtre de tous les Chapdelaine canadiens.

L'église paroissiale de Plomb, où il a été baptisé, a été reconstruite au xviiième siècle, mais le château des seigneurs du village,  grosse maison forte du xiiième siècle avec une tour encastrée, fait partie du décor familier de son enfance.

André Chapdelaine est né en septembre 1666. Il gagne le Canada comme soldat vers 1688. Son engagement terminé,  il s'établit en Nouvelle-France et épouse, en 1691, à Sorel, Marie-Anne Chèvrefils, dont il a neuf enfants, puis Marie-Anne Joly qui lui en donne quatre. Sa descendance, fort nombreuse au Canada et aux États-Unis, a inspiré à Louis Hémon, auteur du fameux roman Maria Chapdelaine, le nom de son héroïne. Il avait en effet séjourné, pendant la rédaction de son roman, dans la région de Sorel où vivent encore la plupart des descendants d'André.

À Plomb même, si les Chapdelaine ont disparu (on trouve par contre à Avranches quelques familles de la même origine), la ferme natale (qui est une propriété privée et ne peut se visiter) s'appelle toujours la Chapdelainière et n'a que fort peu changé depuis le XVIIe siècle. C'est un petit bâtiment rectangulaire d'un étage dont la façade de pierre a été  crépie jusqu'à  mi-hauteur, mais dont les flancs,  comme ceux de la grange, sont toujours couverts de bardeaux de bois traditionnels. De la région d'Avranches sont également originaires des familles aussi nombreuses que la famille Chapdelaine mais dont l'ancêtre est arrivé au Canada dans la deuxième moitié du xviiième siècle probablement en tant que soldat des troupes de la marine stationnées en Nouvelle-France ou pour participer à  la Guerre de Sept ans aux côtés de Montcalm: c'est le cas des Aumont (l'ancêtre, Michel est né à Ducey), des Fouquet, (René est né à Saint-Sénier-sous-Avranches), des Guérin (Bertrand et Guillaume nés à Saint-Symphorien des Monts), des Lejeune et Théberge (des Biards), des Ménard (de Bouillon),  des Malenfant (de Saint-Aubin-des-Préaux),  des Martel (de Subligy), des Prévost et des Prudhomme (de Beauchamps).

MANCHE
Saint-Sauveur-le-Vicomte

Marie-Catherine Simon de Longpré est née à Saint-Sauveur-le-Vicomte, le 3 mai 1632. Son père, originaire de Cherbourg, était le lieutenant civil et militaire de la ville. Baptisée le jour même de sa naissance à l'église paroissiale Saint-Jean Baptiste (une plaque a été posée à côté des fonts baptismaux), elle fut élevée par une mère et une grand-mère très pieuses.

Dès l'âge de douze ans, Marie-Catherine, animée d'un evocation précoce,  décide d'entrer chez les chanoinesses de Saint-Augustin de Bayeux qui venaient d'ouvrir un hôpital. Elle prend le nom de Marie-Catherine de Saint-Augustin. Les Hospitalières de Québec ayant réclamé des recrues, elle se propose et, malgré l'opposition de ses parents et des religieuses, obtient gain de cause.  Le 19 août 1648, elle arrive à Québec.  Elle est alors âgée de seize ans.

Sa ville natale, bâtie sur un verdoyant coteau, surplombe la petite rivière de l'Ouvre. La forteresse médiévale reste le dernier témoin du rôle militaire que Saint-Sauveur, de par sa position stratégique, fut amené à jouer durant la guerre de Cent-Ans. Une rue de Saint-Sauveur porte le nom de Marie-Catherine Simon de Longpré et depuis 1989, une résidence pour personnes âgées située dans cette rue a également adopté son nom.

ORNE
Alençon

Madeleine de Chauvigny, future Mme de La Peltrie, était la dernière née d'une famille fortunée d'Alençon. Son père, président des Élus d'Alençon,  s’était signalé  par son loyalisme durant les guerres de la Ligue. Il avait même réussi à  s'évader du château d'Alençon, où il était retenu prisonnier par les Ligueurs, pour rejoindre en grand secret les armées du roi et participer lui-même à la reprise de la ville. On retrouve ce goût de l'aventure chez Mme de La Peltrie.

Élevée fort dévotement et marquée par la mort successive de ses sept frères, Madeleine est attirée très tôt par la vie religieuse.  Cependant, son père désire avant tout la marier. Elle finit donc par se résigner et épouse, en octobre 1622, Charles de Gruel,  seigneur de La Peltrie,  descendant d'une vieille famille percheronne.

M. de Chauvigny, comblé par cette alliance,  dote largement sa fille et laisse aux jeunes mariés la jouissance du manoir de Rouillé-Haranvilliers, vieille propriété de famille dans laquelle Madeleine a passé une partie de son enfance. Situé à Lougé-sur-Maire, à une quinzaine de kilomètres d'Argentan, le manoir de Rouillé a gardé tout son charme.  Plus ferme que château, c'est une demeure trapue, à un seul étage, flanquée d'une grosse tour ronde. Mme de La Peltrie en fit donation aux Ursulines de Québec, le 28 mars 1639, jour même de la fondation du couvent.

À Alençon même,  l'église Notre-Dame, paroisse des Chauvigny, est située place La magdeleine, centre très ancien de l'animation urbaine, où se trouve également la célèbre maison d'Ozé, belle demeure du Moyen Âge, où l’office de tourisme est installé.

La façade ouest de l'église Notre-Dame est remarquable : son portail, flanqué de deux tourelles (XVIème siècle), est précédé d'un porche surmonté d'une haute balustrade de style gothique flamboyant.

Place Foch, la porte encadrée de deux énormes tours à mâchicoulis (xvème siècle) et la tour couronnée (xivème siècle) sont les vestiges de l'ancien château des Ducs d’Alençon, devenu prison d’Alençon, dans lequel le père de Mme de La Peltrie fut retenu prisonnier. D'Alençon sont également originaires Nicolas Forget dit Despatis qui s'est marié à Québec en 1653, Marin Marais arrivé au Canada vers 1672, Jacques Levesque dit Lafrance marié en 1748 à Québec, et Denis Mallet.  Des environs d'Alençon,  on peut retenir Jean Forestier (de Sées) qui est à Charlesbourg en 1667 et Pierre Girard (de Bures) que l'on retrouve en 1681 à Boucherville.

ORNE
Bivilliers

Mme de La Peltrie partagea son temps dès son mariage entre le manoir de Rouillé, que lui avait donné son père, et le manoir de la Peltrie que son mari possédait à Bivilliers. Ce dernier manoir, dans lequel elle séjourna fréquemment de 1625 à 1627,  est situé à quelques trois cents mètres à  l'ouest des premières maisons du village (route de Lignerolles).

Manoir de la Peltrie

Manoir de la Peltrie

Les bâtiments, aujourd'hui forts endommagés, gardent les traces de ce qui dut être une belle demeure:  l'aile principale, édifiée au xvème siècle, présente au rez-de-chaussée les vestiges de deux grandes fenêtres à encadrements moulurés et les restes d'une grande porte.  L'étage supérieur est vraisemblablement du xvième siècle, tandis que l'aile de retour, beaucoup plus simple,  a été refaite ou restaurée aux viième siècle.  Les deux corps de logis aboutissaient à  une tour d'angle,  aujourd'hui disparue. Dans la cour de la ferme,  on peut encore voir l'escalier du manoir que Mme de La Peltrie a si souvent gravi. En 1628, son mari mourut durant le siège de La Rochelle, lui laissant toute sa fortune. Conformément à son testament,  elle le fit enterrer dans la petite église de Bivilliers, agrandie dans la première moitié du xviième siècle et récemment restaurée avec goût.

Après la mort de son mari, Madame de La Peltrie s'installa au couvent des Clarisses de Mortagne (centre hospitalier)  et c'est probablement là qu'elle entendit parler pour la première fois du Canada dont la rumeur se répandait dans Mortagne au récit des voyages de Robert Giffard.

Mais ce n'est qu'en 1636, à la suite de la lecture de la Relation  du père Le Jeune, qu'elle prit véritablement conscience  de sa vocation canadienne.  Le père Le Jeune réclamait alors l'aide d'une grande dame française pour la fondation d'une maison d'éducation religieuse pour les jeunes amérindiennes à Québec.  Mme de La Peltrie interpréta cette demande comme un appel personnel. Ayant peu après échappé à une grave maladie, la future fondatrice des Ursulines de Québec fit le voeu de consacrer sa vie au service « des filles sauvages » du Canada.

ORNE
Carrouges

Le château de Carrouges a appartenu, de 1450 à 1936, aux Le Veneur de Tillières, famille de l'abbé du Mont Saint-Michel, Jean Le Veneur, qui, en 1532, présenta Jacques Cartier à  François1er, au manoir de Brion. Le pavillon d'entrée de Carrouges, le Châtelet, fut d'ailleurs élevé par Jean Le Veneur lui-même et a été restauré après l'incendie de 1944.

Le contraste est grand entre cet élégant pavillon Renaissance et la sobriété militaire du château proprement dit. C'est un château de brique à coins de pierre qui forme  autour d'une cour intérieure un vaste rectangle d'allure sévère.  Ses parties les plus anciennes, au nord-ouest, sont des xivème et xvème siècles (le donjon carré). Les ailes sud et est sont de style Henri IV et Louis XIII. Malheureusement, les précieux documents que renfermait ce château et particulièrement les papiers de Jean Le Veneur ont été dispersés, lors de l'acquisition du château par l'État en 1936.

ORNE
La Ventrouze

La Ventrouze - La Gagnonnière

La Ventrouze - La Gagnonnière

D'après les recherches de l’historienne locale Mme Montagne,  une dizaine d'habitants de La Ventrouze ont quitté leur village à la suite de Noël Juchereau.  Il faut dire que ce dernier était  une notabilité du village.  Il est donc tout naturel que ses premiers compagnons de voyage aient été  ses voisins et ses amis, les frères Gagnon,  qui, après un séjour de reconnaissance, en 1634,  s'installent définitivement au Canada et font venir toute leur famille, soeur, mère, gendre et neveu.

Jean-Jacques Lehoux lui aussi,  suivi de toute sa famille : ses trois filles d'un premier mariage et sa femme qui lui donne deux fils au Canada. Guillaume et Jean-Claude Landry, accompagné de ses deux fils, sont également des colons de la première heure.

Tous ont été baptisés et mariés dans l'église de La Ventrouze à la silhouette naïve et au clocher effilé. Des plaques commémoratives y rappellent le souvenir des familles Gagnon et Lehoux.

À quelques kilomètres de La Ventrouze, un petit chemin mène à la Gagnonnière. C'est un groupe de vieilles maisons percheronnes qui n'a pas beaucoup changé depuis le xviième siècle et qui atteste l'ancienneté de l'implantation des Gagnon dans la région.

ORNE
Mortagne-au-Perche

Perché sur sa colline, Mortagne,  qu'un vieux dicton célébrait autrefois comme « le plus beau bourg de France »,  a encore fière allure avec la jolie perspective de ses toits de tuiles brunes, sur la campagne environnante.

L’église Notre-Dame, bâtie au cours des xvème et xvième siècles, est de style gothique flamboyant. Un des vitraux du bas-côté  gauche rappelle le rôle joué par les Mortagnais et particulièrement par Pierre Boucher dans l'édification du Canada aux viième siècle.

Mortagne est la capitale de l'émigration percheronne, puisqu'une trentaine de colons (sans compter les enfants) l'ont quitté pour le Canada au cours du xviième siècle.

Plus decent Percherons les ont suivis. Cette émigration d'une ampleur considérable pour une si petite région a pour origine un personnage exceptionnel : Robert Giffard.

Robert Giffard de Moncel,  médecin,  natif de la paroisse Saint-Jean de Mortagne, était sieur du Moncel (terre de famille située dans la paroisse d'Autheuil, au hameau du Moncel, à quatre kilomètres de Tourouvre, comme en témoigne une plaque à l'intérieur de l'église, rare monument de style roman d'une région dévastée par la guerre de Cent-Ans). Tenté par l'aventure, Giffard s'embarque,  sans doute encore très jeune,  comme chirurgien à  bord d'un navire marchand. C'est ainsi que, dès 1627, il est mentionné  par les Jésuites pour s'être construit une cabane sur la rivière de Beauport, à côté de Québec.

L'église Notre-Damn-de-Mortagne, détail d'un vitrail

L'église Notre-Damn-de-Mortagne, détail d'un vitrail

Après un voyage de retour mouvementé, où il est fait prisonnier par les Anglais, Giffard regagne Mortagne,  la tête bourdonnante d'aventures et de projets. Il épouse Marie Renouard en 1628 et exerce pendant six ans son métier d'apothicaire en attendant la grande occasion. Celle-ci se présente en 1634, après le traité de Saint-Germain-en-Laye qui laisse aux Français le libre accès au Canada. La Compagnie des Cent-Associés,  en reconnaissance de ses services et de son temps de prison en Angleterre, lui concède la terre de Beauport sur laquelle il avait construit sa cabane. Dès lors, Giffard n'a plus qu'un but : emmener au Québec des hommes capable de l'aider à mettre sa nouvelle seigneurie en valeur.

Ses dons de persuasion devaient être grands car, dès le 14 mars 1634, il avait trouvé deux associés : Jean Guyon, maître maçon de Tourouvre, et Zacharie Cloutier, charpentier de Mortagne. Ceux-ci, en échange de mille arpents de terre sur les bords du Saint-Laurent, s'engagent à  l'aider dans son entreprise durant trois ans.

Aux engagés se joignent quelques amis de notre médecin, séduits sans doute par les descriptions et les perspectives que Giffard fait miroiter devant eux depuis six ans. Ce sont Noël et Jean Juchereau, de Tourouvre, les frères Gagnon de La Ventrouze, Marin Boucher, le maçon, Gaspard Boucher, le menuisier et son fils Pierre, ainsi que Thomas Giroux,  de Mortagne. Tous sont accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, sauf les frères Gagnon qui préfèrent faire d'abord un voyage de reconnaissance. Un prêtre les accompagne : Jean Le Sueur, curé de Saint-Sauveur de Thury-Harcourt.

Et c'est le départ ! Marie Renouard attend un troisième enfant ; elle le mettra au monde à Québec. Dès l'arrivée, tout le monde s'installe suivant les plans de Giffard.  Le délai de trois ans s'étant écoulé, Jean Guyon (dont les descendants s'appellent aussi Dion)  entre en possession de son fief, « le Buisson », et Zacharie Cloutier de « la Clouterie ».

La vie n'est pas facile dans la colonie naissante, menacée par les perpétuelles attaques iroquoises. Les nouveaux venus participent à plus d'un coup de main et ont du mal à valoriser leurs terres.  Pour essayer de s’enrichir, Giffard, comme la plupart des colons, s'intéresse à la traite des fourrures. Il fait ainsi partie de la Communauté des Habitants, nouvelle société fondée en 1645 qui doit permettre à tous les associés de traiter à leur compte. Cependant,  comme les directeurs de la Communauté, les frères Leneuf et Legardeur, avaient tendance à prendre l'association pour un monopole familial,  Giffard dut se rendre en France avec Paul de Chomedey de Maisonneuve, afin de faire respecter les droits des autres associés et demander la création d'un conseil de surveillance, le Conseil de Québec, établi par ordre du roi en 1667.

Nommé marguillier de la paroisse de Québec,  il reçoit bientôt deux autres seigneuries en récompense de ses services : celle de Saint-Gabriel,  qu'il donne aux Hospitalières de Québec, et celle de Mille-Vaches, non loin de Tadoussac.

Il obtient, en 1658, ses lettres de noblesse,  grâce à l'intervention du gouverneur de la Nouvelle-France Pierre de Voyer d'Argenson.  Ce sont les premières qui furent accordées à un résident canadien.

Cependant, le mouvement d'émigration, commencé à Mortagne, se poursuivait, les premiers arrivants faisant,  tout comme Giffard, appel à leurs compatriotes, parents ou amis. De la paroisse Notre-Dame partent : Claire Morin, née en 1609, qui épousera Jamen Bourguignon en 1636 à Québec, puis Jean Martineau en 1662 et Pierre Paradis, coutelier, né en 1605. De la paroisse Saint-Jean (aujourd'hui disparue)  s'en vont : Charles Giroux, né en 1669 ; qui épouse Marguerite Bruneau à Québec en 1699 ; Toussaint Giroust (1633-1715), qui épouse en premières noces Marie Godard à  Québec en 1654, puis Thérèse Leblanc à  Beauport en 1686 ; Marie Guyon,  née en 1624 ; Barbe Guyon, femme de Pierre Paradis,  née en 1617 ; Pascaline Lefèvre et son mari Charles Turgeon,  né en 1627; Pierre Maheust, né en 1634,  qui épouse Jeanne Drouin à Québec en 1659 ; Barbe Poisson, née en 1634, qui épouse Léonard Lucault à Montréal en 1648 ; Jean Poisson, arquebusier, marié à Jacqueline Chamboy en 1644;  Mathurine Poisson, qui épouse Charles Aubuchon à  Québec en 1647 ; Mathurine Robin, femme de Jean Guyon, de Tourouvre, décédée en 1662, Joseph-Massé Gravel dit Brindelière qui s'est marié  à Québec en 1644, Geneviève et Jean Hayot, ainsi que Louise-Anne et Charles Letartre, deux couples de frères et soeurs qui ont tenté ensemble leur chance au Canada et y ont fondé famille, les premiers au début des années 1650 à Silleryet à Québec, les seconds à la fin des années 1660 à Château-Richer et à L'Ange Gardien.

Parmi tous ces noms familiers à  l'oreille, retenons particulièrement celui de Pierre Boucher dont le vitrail de l'église Notre-Dame de Mortagne illustre l'aventure exemplaire. Pierre est né à Mortagne en 1622. Il a une douzaine d'années lorsque son père,  Gaspard Boucher, marchand menuisier, et le maçon Marin Boucher (dont la maison,  reconnaissable grâce à une plaque, a été localisée il y a quelques années à Saint-Langis, à l'ouest de Mortagne)  se laissent séduire par les propositions de Giffardet s'embarquent pour le Canada.

Sous la tutelle du père Lalemant qui décèle chez lui une grande intelligence, Pierre reçoit une solide éducation doublée de leçons pratiques d'une portée immédiate, puisqu'il suit les missionnaires et s'initie aux dialectes amérindiens et à  la géographie de son nouveau pays. Il pourra ainsi,  quelques années plus tard, s'engager et devenir sergent-interprète.

En 1653, chargé de la défense du poste de traite de Trois-Rivières menacé par les Iroquois, son habileté et sa connaissance des habitudes indigènes lui permettent de négocier une paix inespérée.

Cet exploit lui vaut, en récompense, le fief de Grosbois, à  l'ouest de Trois-Rivières, mais il a pris conscience du danger grandissant.  Voyant bien que deux mille colons français ne viendront jamais à bout de la guérilla iroquoise, il sent la nécessité d'exposer au plus vite à la France le péril de la situation.

Chargé par la Communauté des Habitants de cette mission délicate,  le voici, à trente-trois ans, à la cour de France. Plein d'enthousiasme, il adresse d'abord sa requête à Colbert qui l'écoute avec bienveillance. Il est ensuite interrogé par le roi Louis XIV qui, avec toute sa cour, se passionne pour ce curieux jeune homme, dont les récits font frémir Versailles du souffle de l'aventure canadienne.

La démarche de Pierre Boucher est un véritable succès qu'il consolidera, dès son retour à Québec, en adressant au roi une Histoire naturelle des moeurs et productions du pays de Nouvelle-France, vulgairement dite Canada. Il rapporte de son voyage la promesse du soutien royal et l'assurance de prompts renforts. Cette aide se matérialisera trois ans plus tard avec l'arrivée du  régiment de Carignan-Salières et celle de l'intendant Jean Talon.

Pierre Boucher se retirera alors sur sa seigneurie des Iles-Percées, qu'il a nommée Boucherville, pour y vivre lavie de ses rêves, celle d'un parfait colon qui cultive lui-même ses terres. Il reçoit, en 1707, ses lettres de noblesse et, vénérable patriarche,  meurten 1717, âgé de quatre-vingt-quinze ans.

Mais revenons à Mortagne d'où sont partis ces hommes et ces femmes pleins de courage. Le centre de la ville conserve de fort belles maisons autour de ses deux places. Cependant, c'est en ongeant l'église pour descendre vers le Palais deJustice que l'on atteint la partie la plus ancienne de Mortagne.  Les hautes maisons de pierre blonde des xvième et xviième siècles ont récemment été remises en valeur et restaurées.

De Saint-Germain Loisé (église des xvème et xvième siècles, ancienne paroisse de Mortagne, située à  un kilomètre à l'est de la ville)  arrivent Robert Boulay, né en 1630, mari de Françoise Garnier ; et Marie-Geneviève Mandeville de Réville,  née en 1643, qui épouse Jean Pelletier à Québec en 1662.

Du Pin-La Garenne à 9 kms au sud de Mortagne sur la route de Bellême est parti Robert Drouin qui se mariera deux fois à Québec, la première en 1639, la deuxième en 1649. Originaire de Parfondeval, à proximité de Mortagne, Jean Trudel,  marié à Québec en 1655 est l'ancêtre de l'historien bien connu Marcel Trudel.

ORNE
Randonnai

Riche en minerai de fer, cette région du Perche était autrefois fort active. Les étangs de l'Avre alimentaient des forges qui fournissaient du travail à quantité de forgerons et de taillandiers, tandis que la forêt avoisinante, grâce au zèle des bûcherons et des charbonniers, procurait du charbon de bois. Ces activités, qui furent prospères tout au long des xviiième et xviiième siècles, se sont peu à peu éteintes, interrompues par la Révolution et l'épuisement progressif des forêts,  puis, à partir de 1860, par l'implacable concurrence anglaise. Cependant, un centre témoin subsiste encore à Randonnai.

À l'époque de la naissance de Pierre Tremblay (1626), cette industrie était encore prospère et Pierre lui-même a dû bien souvent manier la hache, technique indispensable au futur colon canadien.

Une plaque dans l'église Saint-Malo de Randonnai évoque le souvenir de l'ancêtre Pierre Tremblay dont la postérité est devenue si nombreuse en Amérique du Nord. La maison natale de Pierre Tremblay existe toujours. Elle est située sur le côté droit de la route,  au lieu-dit la Filonnière, où elle est indiquée.

En prenant la route de Bresolettes ou de Conturbie, on rejoint le manoir de Belleperche qui appartenait à l’oncle de Mme de La Peltrie. Plus tard, cette ferme passa aux mains des du Tremblay, maîtres de forge à Randonnai et cousins de Pierre Tremblay.

Pierre Tremblay fut engagé par Noël Juchereau. Il passa un contrat de trois ans devant le notaire de Tourouvre,  Me Choiseau, et partit comme laboureur. Son temps terminé,  Pierre décida de se fixer au Canada. Il épousa Ozanne Achon (Saint ongeaise de Puyravault, près de Surgères) en 1647, à Québec, et eut onze enfants. Afin de rappeler sa mémoire, une rue de la commune ainsi que la salle des fêtes portent le nom de Pierre Tremblay. Michel Chatel, son unique compatriote de Randonnai, s'est, quant à lui, marié à Pointe-aux-Trembles, en 1685, et a eu deux enfants : un fils et une fille.

ORNE
Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, Bellême, Igé

Passé  la forêt de Bellême, la route nous conduit à droite vers Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, ancien emplacement de Bellême, dévasté par les Normands. La ville se replia alors sur la butte de l'actuel Bellême, jugé plus facile à fortifier et à défendre.

Saint-Martin-du-Vieux-Bellême est la patrie de nombreux Québécois qui ont été baptisés dans l'église des xivème et xvème siècles qu'ornent encore de belles stalles Renaissance.   Ce sont les Gaulin, Marguerite et ses frères ; Pierre,  marié à Jacqueline Lauvergnat à Château-Richer en 1664,  et François (1631) qui épousa Marie Rocheron, en 1657, à Québec ; Pierre le Normand (1638), marié à Catherine Normand, en 1665, à Québec ; Louise Mauger, femme de Pierre Gadois, d'Igé (village voisin) ; Jacques Surprenant dit Sansoucy, soldat au régiment de Carignan (compagnie de Contrecoeur) marié en 1678 à Jeanne Denote, à Laprairie. Dans l’église de Saint-Martin, une plaque commémore le départ de la famille Gaulin.

Bellême,  ancienne capitale où se tenaient les Etats du Perche, surplombe la rive gauche de la Même.  Solidement fortifiée depuis le haut Moyen Âge, la ville eut à soutenir de nombreux sièges, dont un en présence de Blanche de Castille et du futur Saint Louis.

De ses anciens remparts, Bellême n'a gardé que quelques tours encastrées dans les maisons et la porte fortifiée de l'ancien château du xvème siècle. La ville s'étage autour de l'église dont le clocher, du xviième siècle, est décoré  de pilastres.  C'est dans cette église qu'ont été  baptisés les frères Peuvret : François, qui se noya à son arrivée au Canada, et Jean-Baptiste, qui épousa Marie-Catherine Nau, à Québec, en 1659, puis Marie-Rogère Lepage, en 1681. Charles Pouleau, marié à Marie Fayette, en 1662, et Gilles Dutartre dit Lacasse (1637- 1682), arquebusier, sont également natifs de Bellême.

Igé, à  cinq kilomètres de Bellême, est le village de départ d'une douzaine de québécois : Jacques Beauvais, marié  à Jeanne Solde, en 1654, à Montréal ; Marie Belhomme et son mari Sébastien Dodier; Catherine Loiseau et son mari Gilles Trottier ; les Gadois ; Roberte et sa soeur Françoise, mariée à Nicolas Godé et Pierre, marié à  Louise Mauger,  qui furent parmi les premiers habitants de Montréal ; les deux frères Gagné Pierre et Louis, Jean Leduc (1624), marié à  Marie Soulinier, à Montréal (1652) ; Jean Le Normand (1638), marié à Québec, en 1656, à Anne le Laboureur, puis en 1703,  à  Marie-Madeleine Brassard. Quant à Éloi Jarry, né en 1630, il fut tué par les Iroquois. Il s'était marié, en 1654, à Montréal, avec Jeanine Merrin et laissait quatre enfants.

ORNE
Tourouvre

Détail des vitraux commemorant l'émigration

Détail des vitraux commemorant l'émigration

Incendié  par les Allemands le 13 août 1944, le centre de Tourouvre a été entièrement reconstruit. Cependant, la partie étroite de la grand-rue et la place du Paty, où convergent les routes de Bivilliers et de Bubertré, n'ont guère changé depuis le xviiième siècle. On y voit encore de nombreux exemples de la maison percheronne traditionnelle : un étage, toit couvert de tuiles plates,  brunes et moussues,  portes et fenêtres à encadrements de brique.

L'église Saint-Aubin, paroisse de tous les colons canadiens de Tourouvre, est également restée intacte. Restaurée il y a quelques années, elle a repris ses délicates couleurs d'antan et abrite une plaque en hommage aux ancêtres Louis Houde et Madeleine Boucher ainsi qu’une plaque sur laquelle figure les noms de canadiens baptisés à Tourouvre.  Sa voûte de bois est soutenue par de longues poutres transversales sculptées et peintes de couleurs naïves. Dans le chœur de l’église, deux vitraux réalisés à Chartres en 1892 évoquent l’émigration tour ouvraine en Nouvelle-France et commémorent le départ de quatre-vingt familles au Canada en 1640. Le vitrail situé à droite du choeur,  dépeint le départ deJulien Mercier, vers 1650. Ce vitrail fut posé en 1892 à la suite du voyage du Premier ministre du Québec, Honoré Mercier, à Tourouvre, pays de son ancêtre.

L'escalier du clocher de l 'église a également des liens étroits avec l'histoire canadienne, puisqu'il est l'oeuvre du maçon Jean Guyon, premier engagé de Robert Giffard de Moncel en 1634, et l'un des bons maçons du début de la colonisation.

Détail des vitraux commemorant l'émigrat

Détail des vitraux commemorant l'émigrat

Tel est donc le décor familier des nombreux colons qui,  à la suite de Robert Giffard, mais surtout sur le conseil ou à la demande des frères Juchereau (eux-mêmes natifs de Tourouvre),  ont gagné le Canada à partir de 1636. Ce sont notamment :

Michel Aubin,  né en 1636 , qui épouse Marie Provost à Sainte-Famille, en 1670 ; Jean Bigot, né en 1610, et sa femme Thomine Chastel, ainsi que sa fille Françoise Bigot, femme de Charles Guillebourg, qui fut lui-même, en tant que domestique de Noël Juchereau, de son premier voyage de 1634 ; Nicolas Delaunay, né en 1633, qui épouse Marie-Antoinette Durand à Québec, en 1661; Marguerite Gagnon,  née en 1598,  femme d'Éloi Le Tavernier ; Robert Giguère, né en 1616, qui épouse Aymée Miville à Québec, en 1652 ; Aubin Lambert, né en 1632, qui épouse Élisabeth Aubertà Québec, en 1670 ; Antoine Lefort,  né  en 1641, qui épouse Marie Doyon à Château-Richer, en 1666 ; Michèle Mabille, née en 1592, femme de Guillaume Pelletier (de Bresolettes) ; François Provost,  né  en 1637,  qui épouse Marguerite Gaillard à Québec, en 1664 ; Robert Rivard dit Loranger, né en 1638, époux de Madeleine Guillet ; Jean Roussin, né en 1597, veuf de Madeleine Giguère et remarié en 1655 à Québec avec Marie Letard..

Les remarquables recherches de Mme Montagne, Tourouvre et les Juchereau, effectuées à partir des registres de Me Choiseau,  notaire de Tourouvre, ont fait ressortir, pour les années 1646 à 1651 le rôle primordial des frères Juchereau dans l'émigration percheronne.

Les Juchereau et Giffard ont des cousins communs,  les Pinguet.  C'est probablement par leur entremise que les deux frères en viennent à s'intéresser au Canada sur lequel ils ont des renseignements de première main. Fils de marchands aisés, l'aîné, Jean, est doté par son père et se marie ; le troisième, doté par sa mère, se fixe dans le Perche où il servira toujours d'intermédiaire à ses frères pour le recrutement de la main-d'oeuvre. Le second, Noël Juchereau, fait à Paris de solides études de droit, mais reste célibataire.

Noël Juchereau s'était-il rendu en Nouvelle-France avant 1634 ? Les faits restent incertains. Toujours est-il qu'après le voyage de reconnaissance effectué en 1634 avec Giffard et ses premières recrues (Jean Guyon et Zacharie Cloutier),  les Juchereau décident de s'installer au Canada, tout en conservant leurs possessions du Perche qu'ils confient à leur frère.  Ils entraînent alors avec eux les frères Gagnon.

Vers 1640,  ils engagent Pierre Lhome d’Arras puis, en 1641, Antoine et Guillaume Pelletier et Michèle Mabille,  habitants de la Cristerie (maison située à Bresolettes, à  cinq kilomètres de Tourouvre ; une plaque dans l'église évoque le départ du premier ancêtre des Pelletier canadiens).

Cependant, ce n'est qu'à partir de 1646 que Noël Juchereau passera ses engagements de façon plus formaliste devant le notaire de Tourouvre, Me Choiseau.

Détail des vitraux commemorant l'émigrat

Détail des vitraux commemorant l'émigrat

En effet, dès leur arrivée au Canada, les deux frères se sont trouvés mêlés de très près à  la vie politique et commerciale de la Nouvelle-France. Membres de la Compagnie des Cent-Associés et bientôt propriétaires terriens au Canada,  ils participent,  en 1646, à la fondation de la Communauté  des Habitants avec les frères Legardeur. Les connaissances en droit de Noël lui vaudront alors un rôle prépondérant dans la nouvelle société, dont il est, du reste, l'instigateur.

Cependant, les immensités canadiennes exigent de la main-d'oeuvre. Les frères Juchereau, qui ont acquis d'importantes seigneuries,  vont reprendre et intensifier le procédé de Robert Giffard pour défricher et mettre en valeur leurs terres tout en contribuant au peuplement de la Nouvelle-France. Ils se mettent à recruter dans la région de Tourouvre.

La famille Juchereau est connue et estimée detous.  Des nouvelles encourageantes arrivent des parents et des amis qui se sont déjà  fixés là-bas.  Les engagements vont donc s'effectuer dans un climat de confiance et d'amitié  qui se retrouvera au Canada entre Percherons d'origine.

Ainsi, de 1646 à 1651,  plus de quarante contrats d'engagement,  allant de trois à cinq ans,  sont passés entre Noël puis Jean Juchereau et des Percherons,  qui,  pour la plupart, se fixeront à Québec leur engagement terminé,  fondant des familles qui se sont aujourd'hui répandues dans toute l'Amérique du Nord. Ce sont, de la paroisse même de Tourouvre : en 1646, Mathurin Provost et Françoise Mabille ; en 1647, Jean Malenfant,  Louis Guimont, Pierre Piau,  René  Visage,  Daniel Tremond,  Julien Mercier, Philibert Chaudon, Jacques Loiseau ; en 1648,  Robert Rivart ; en 1649, Jean Creste ;  en 1651, Nicolas et Françoise Roussin qui vont rejoindre leurs parents partis l'année précédente.

A Tourouvre, une plaque signale La Chauvelière, maison de Madeleine et Robert Rivard. Vous pourrez d’ailleurs y dormir, la maison propose des chambres d’hôtes. D’autre part, un Musée de l’émigration percheronne a été créé, sur la place Saint-Laurent. Il présente des objets rappelant le départ des émigrants percherons vers le Nouveau Monde au cours des années 1630 et 1640, explique pourquoi les pionniers sont partis (et sous quelles conditions) et montre leur installation sur les rives du Saint-Laurent. Une exposition reconstitue la salle commune de l’hôtel du Cheval-Blanc où, au xviième siècle, de nombreux aspirants au départ signèrent leur contrat d’engagement. Le musée possède aussi une bibliothèque ainsi qu’une riche banque de données généalogiques.

SEINE-MARITIME
Dieppe

Le vieux château de  DIEPPE

Le vieux château de DIEPPE

Il y a plus de quatre cents ans que les premiers Dieppois sont partis à la conquête du Canada et, par un curieux retour des choses, ce sont des soldats canadiens qui constituaient la majorité des troupes du raid tragique de 1942 puis qui ont libéré Dieppe en 1944 (en hommage à ces soldats, une ville du Nouveau-Brunswick a été baptisée Dieppe en 1946)

Au XVIème siècle,  Dieppe était un des plus grands ports du royaume. Ses maisons de bois, réduites en cendres par un bombardement anglo-hollandais de 1694, ont été remplacées par d'harmonieuses demeures aux lignes classiques que l'on doit à l'architecte Ventabren.

Les pêcheurs de Dieppe se sont lancés très tôt à l'assaut de l'Atlantique. Bien avant Jacques Cartier, on les trouve sur les bancs morutiers de Terre-Neuve, pays d'où le Dieppois Thomas Aubert, capitaine de l'armateur Jehan Ango, ramène des indigènes en France dès 1508.

En 1524,  une expédition,  financée par Ango, en voie Verrazano vers les « terres neuves », le chargeant d'y découvrir un nouveau passage vers la Chine par le nord. Le Florentin longe les côtes d'Amérique du Nord, de la Floride à Terre-Neuve, reconnaît le site qui deviendra New York et baptise le pays “Nouvelle-France”. Ses relevés serviront de base au cartographe dieppois Descelliers pour ses planisphères réalisés de 1543 à 1559.

Si les explorations de Jacques Cartier n'encouragent pas la colonisation officielle, elles montrent une voie de choix aux commerçants : la route des fourrures est ouverte ! Les marchands malouins, rouennais, honfleurais et dieppois s'en disputent bientôt le monopole.

Ainsi,  Pierrede Chauvin de Tonnetuit, né  à  Diepped'une riche famille marchande vers le milieu du xvième siècle, demande et obtient en 1600 le monopole de la traite des fourrures à laquelle ses navires participaient depuis 1596. D'une nature entreprenante,  il entrevoit la nécessité  d'un établissement permanent au Canada, où il se rend lui-même et où  il fonde Tadoussac : le premier poste de traite canadien. À sa mort,  en 1603, le monopole passe au gouverneur de Dieppe,  Aymarde Chaste, qui, le printemps suivant, envoie un nouveau navire au Canada, la Bonne Renommée, avec à son bord, en observateur, Samuel de Champlain.

Port de commerce d'abord, mais aussi port d'embarquement, durant toute la première moitié du xviième siècle,  Dieppe est, avec Honfleur, le grand port de départ pour le Canada. Charles de Biencourt, Charles de la Tour, les pères Biard et Massé s'y embarquent en 1611 pour l'Acadie. Marie de l'Incarnation, Mme de La Peltrie et leurs compagnes de Tours, les Ursulines Marie de Savonnières et Marie de Saint-Joseph, gagnent également Dieppe en 1639. Elles sont hébergées au monastère des Ursulines avant de quitter le port, le 3 mai, sous les yeux d'une foule étonnée et admirative. Elles emmènent avec elles une Ursuline de Dieppe, mère Cécile Richer de Sainte-Croix,  et trois Hospitalières envoyées au Canada par la duchesse d'Aiguillon pour y fonder l'Hôtel-Dieu de Québec.

Dieppe,  comme tous les grands ports de l'Atlantique,  est aussi une ville de colons. Le plus célèbre d'entre eux, Charles Le Moyne, y est né en 1626. Il gagne le Canada à quinze ans sur le conseil de son oncle, chirurgien à Québec.  Tour à tour interprète et soldat, il se fixe en 1646 à  Ville-Marie, future Montréal. Dès lors, sa vie suivra le destin de la ville naissante. Après des séries d'escarmouches contres les Iroquois, il participe, à la tête des colons de Montréal,  aux expéditions de Rémy de Courcelles et de Prouville de Tracy.  Ses bons services lui valent les seigneuries de Longueuill et de Châteauguay qu'il agrandira lui-même progressivement. Associé de commerce à son beau-frère, le rouennais, Jacques Le Ber, puis actionnaire de la Compagnie duNord,  sa fortune,  qui s'appuie sur le commerce des fourrures et ses propriétés foncières,  devient considérable.  Il est anobli, possède la plus belle demeure de Ville-Marie, des manoirs sur ses terres de Longueuil et Châteauguay, ainsi que denombreux censitaires.  À sa mort, il est considéré comme le plus riche propriétaire de Ville-Marie. Ses douze fils ont rendu célèbre le nom de Le Moyne. L'un d'eux, Pierre Le Moyne d'Iberville, est l'un des plus grands hommes de guerre canadiens, l'explorateur du Mississippi et le véritable fondateur de la Louisiane (1703).

Jean Vauquelin,  le fameux corsaire dieppois,  est aussi l'une des personnalités marquantes de la ville. Il participa, sur son navire l'Aréthuse, au siège de Louisbourg, forçant plusieurs fois le blocus et affolant les Anglais.  En 1759, alors qu'il commandait une frégate royale durant le siège de Québec,  il se signala par son héroïsme avant d'être fait prisonnier.

La ville de Dieppe possède de nombreux souvenirs qui évoquent ses constantes relations avec le Canada :

-  Le vieux château, tout d'abord, dont Jehan Ango,  Aymarde Chaste,  Pierre Du Gua de Monts furent gouverneurs.  Il abrite aujourd'hui un intéressant musée, célèbre pour sa collection d'ivoires,  ses maquettes et le planisphère que Descelliers traça en 1546, d'après les rapports des marins d'Ango et, pour l'Amérique du Nord, de Verrazano.

- L'église Saint-Jacques est peut-être le plus bel édifice religieux de Dieppe avec ses proportions de cathédrale.  Elle fut édifiée du xiiième au xvième siècle. Le transept est la partie la plus ancienne. La nef est d'un gothique très pur du xivème siècle et la haute tour a été élevée aux vème siècle.  À la Renaissance,  l'édifice a reçu un riche décor flamboyant, particulièrement remarquable dans l'oratoire de Jehan Ango qui renferme le cercueil de l'armateur. Dans la chapelle Sainte-Croix, une frise “sauvage” évoque l'ancienneté des rapports entre Dieppe et le Canada. Elle fut probablement exécutée à  la suite du voyage de Thomas Aubert, en 1508. Dans la première chapelle du déambulatoire nord, on peut voir des vitraux à  la mémoire des deux prêtres dieppois, martyrs de l'évangélisation canadienne : Antoine Daniel et Jean de la Lande. Une chapelle a aussi été érigée en leur mémoire dans l’église. De nombreux colons canadiens sont originaires de la paroisse Saint-Jacques.  Parmi ceux-ci,  plusieurs ont eu une nombreuse descendance, en particulier : Louis Fontaine,  né  en 1633,  qui épousa Marie-Madeleine Brassard, à Québec, en 1656 ; Jean Aubuchon dit l'Espérance, né en 1635 ; Jacques Cochon, né  en 1635; François-Abraham Fiset, né en 1635 et marié, en 1664, à Château-Richer, à  Denyse Savard ; Joseph Chevalier, né en 1644 et marié, en 1670,  à Montréal, avec Françoise-Marthe Barton ; Marguerite Heloy,  née en 1651 et mariée, une première fois, en 1668,  à Jean Cosset,  puis à Pointe-aux-Trembles,  en 1688,  à  Jean Colet;  Guillaume Levitre, né en 1662, qui épousa Geneviève Langlois en 1690 à Saint-Pierre, île d'Orléans. En 1639, lorsque trois religieuses augustines (fondatrices du premier hôpital de la Nouvelle-France) embarquèrent de Dieppe pour le Canada, la cloche Catherine de l’église Saint-Jacques carillonna pour leur départ. Un moulage de cette cloche fut offert eu début du xixème siècle aux pélerins canadiens par les Amis du Vieux Dieppe. Ce moulage est aujourd’hui conservé au musée du souvenir de la Ville de Québec. Quant aux trois religieuses, une plaque apposée rue Irénée Bourgois, à l’emplacement de la chapelle de l’ancien Hotel-Dieu où elles assistèrent à la messe avant leur départ évoque leur souvenir.

- L'église Saint-Rémy a une façade lourde et classique qui paraît bien pauvre auprès de celle de l'église Saint-Jacques, maissanef, du xvième siècle, a une belle ordonnance gothique. C'est dans cette église que Charles Le Moyne fut baptisé  en 1626. Aymar de Chaste, qui fut aussi vice-roi du Canada, y est enterré.  De la paroisse Saint-Rémy sont originaires des colons qui ont tous fondé des familles de plus de dix enfants. Il s'agit de Marguerite Leclerc, née en 1640, mariée en 1661 à Nicolas Leblond à Château-Richer, puis à Jean Rabouin en 1678 ; Jeanne Lelièvre, née en 1640, épousede Nicolas le Roy en 1658 ; Pierre Picard, né en 1650, qui épousa Jeanne Sederay, en 1664,  à Boucherville, et de Jean Grenet, né en 1668 et marié en 1698 à  Marie Lavergne à Rivière-Ouelle. Par contre on ne connaît pas la paroisse d'origine d'André et Jean Demers qui se sont mariés à  deux mois d'intervalle en 1654 à Montréal, ni d'André  Leroux qui après un premier mariage en France a convolé  deux fois au Canada d'abord en 1671 à Québec puis en 1694 à Charlesbourg.

-  À  la chapelle de l'hôpital, six grandes verrières de Pierre Le Trividic racontent l'histoire des Hospitalières ainsi que l'aide apportée à l'hôpital par les Canadiens au cours de la dernière guerre.

-  Square du Canada, au pied du vieux château, une stèle porte sur chacune de ses facettes la chronologie des échanges entre Dieppe et le Canada, tandis qu'une plaque, sur le mur de soutènement du château, commémore le raid canadien de 1942, au cours duquel 900 soldats canadiens trouvèrent la mort. Des feuilles d’érable ornent les parterres floraux de ce jardin.

-Un monument baptisé « Dieppe then and now » réalisé en 1982 par le Canadien Michael Czerewko représente le lien entre les soldats canadiens morts sur les six plages de la région et les jeunes générations.

- les rues de Dieppe témoignent aussi des relations entre la ville et le Canada : on trouve ainsi une rue Samuel de Champlain, une rue de Chastes, du nom du gouverneur de Dieppe puis de la Nouvelle-France et une rue du 19 août 1942, pourvue d’une stèle en mémoire des deux canadiens qui trouvèrent la mort au cours du raid lancé ce jour là par une partie des troupes canadiennes en direction de l’église Saint-Rémy.

- Sur la plage de Dieppe, deux monuments aux morts ont été élevés en mémoire des Canadiens tombés le 19 août 1942. Face à la traverse Duquesne se trouve aussi un monument à la mémoire des fusiliers du Mont-Royal.

 - À cinq kilomètres de Dieppe, situé dans la commune d'Hautot-sur-Mer, le cimetière des Vertus est un pèlerinage très émouvant. Ici reposent 701 Canadiens tombés lors du raid du 19 août 1942.

- A Puys, place du Royal Regiment du Canada, un monument a été élevé en 1946 en hommage aux 264 canadiens tombés sur la plage et , sur les hauteurs de Saint-Aubin-sur-Scie, le cimetière des soldats canadiens est également un poignant lieu de pèlerinage.

Des alentours de Dieppe sont aussi partis de nombreux colons :

    -  De Brunville, Jean Desmarais qui a convolé à  Trois- Rivières en 1656. 

    -  D'Aubermesnil, Charles Godin qui s'est marié la même année à Québec.

    -  De Muchedent, Romain Trépagnier marié à Québec également en 1656.

    -  De Berneval-le-Grand, l'ancêtre des Godbout, Nicolas qui s'est marié en 1662 à Québec

    -  De Bracquemont,  Jacques Asselin qui a fait sa vie à Château Richer à partir de 1662.

    -  De Saint-Nicolas-d'Aliermont,  Robert Vaillancourt, habitant de Château-Richer dès 1668.

    - De Saint-Valery-en-Caux, Roger Latouche qui s'est installé à Boucherville en 1680. La petite ville entièrement détruite en 1940 fut le cadre du tragique échec du premier débarquement britannique en juin 1940. Un cimetière militaire franco-britannique où reposent plus de 500 soldats est situé à 800m de l'église.

    -  D'Avremesnil, Jean Hamel qui s'est installé à Sillery en 1677

  Dieppe est jumelée avec la commune québécoise de Verdun.

SEINE-MARITIME
Fécamp

Fécamp - la falaise

Fécamp - la falaise

Fécamp a longtemps été le premier port français de pêche à la morue.  Cette pratique de la pêche,  qui entraînait les pêcheurs chaque année vers les bancs de Terre-Neuve, était fort ancienne,  puisqu'elle remontait à la première moitié  du xvième siècle, c'est-à-dire à l'enfance de Jacques Cartier. Ce dernier aurait d'ailleurs effectué l'un de ses premiers voyages de reconnaissance en compagnie de pêcheurs morutiers de Saint-Malo et de Fécamp qui se transmettaient oralement les indications pour gagner Terre-Neuve.

Cette activité traditionnelle dont on a souvent décrit la difficulté  et qui emmenait les pêcheurs, durant dix mois de l'année, à l'autre bout du monde, a donné une coloration toute particulière au port de Fécamp où a été créé un Musée des Terres-Neuvas et de la pêche.

De Fécamp sont partis Jacques et Nicolas Marcot qui ont fondé des familles à Trois Rivières et à Québec en 1670.

SEINE-MARITIME
Rouen

Rouen - La vieille ville

Rouen - La vieille ville

Rouen, ville gallo-romaine qui s'était fait connaître pour sa vigueur évangélique aux premiers temps de la chrétienté, devint au ixème siècle le centre des courses guerrières des Normands,  pirates scandinaves qui, à la suite de leur chef Rollon,  avaient remonté la Seine. En 911, le roi de France, impuissant devant ces fougueux envahisseurs,  leur cédait la région qui prit le nom de Normandie au traité de Saint-Clair-sur-Epte. Lorsque les ducs de Normandie entrèrent en lutte avec leur suzerain, Guillaume le Conquérant devenu roi d'Angleterre, le roi de France se rangea de leur côté. Ces luttes devaient durer à Rouen jusqu'en 1449, lors de l'entrée triomphale du roi

Charles VII dans la ville.

Mais un épisode de la guerre de Cent-Ans  reste particulièrement attaché à Rouen : le procès de Jeanne d'Arc et sa mort sur le bûcher, place du Marché, le 30 mai 1431.

Cependant,  Rouen, carrefour de la navigation fluviale et maritime, s'était constituée en commune dès la première moitié du xiième siècle, entretenant des rapports commerciaux avec de nombreuses villes françaises et étrangères. Dès le xivème siècle, les armateurs rouennais lançaient leurs navires vers l'Afrique et commerçaient avec les villes de la mer du Nord et de la Baltique.  Au xvième siècle, Rouen se tourne résolument vers l'Amérique.  À la suite des premières expéditions tentées par l'armateur dieppois Ango puis par Jacques Cartier, Rouen arme ses navires pour le Canada. Il faudra, dès lors, compter avec les marchands rouennais qui assurent le débouché des fourrures canadiennes et veulent contrôler la traite.  Un faubourg de Rouen,  Darnétal,  se spécialise dans la peausserie et le traitement des fourrures, comme l'atteste encore l'architecture très spéciale de certaines maisons où subsistent des greniers ouverts à tous vents pour le séchage des peaux.

Ainsi Étienne Bellenger, marchand rouennais qui s'intéressait aussi bien à la traite des fourrures qu'à la pêche,  envisagea, après deux voyages d’exploration dans les actuelles provinces maritimes, de créer un poste de traite qui pourrait devenir le noyau d'un établissement colonial.

Pierre Du Gua de Monts avait fait plusieurs voyages au Canada dès la fin du xvième siècle, et participé à la fondation de Tadoussac avecPierre de Chauvin de Tonnetuit. Il reprend, à la mort dece dernier(1603),  le projet de créer un poste permanent.  La France s'intéresse alors de plus en plus au Canada et deMonts ne peut obtenir le droit exclusif de la traite avec les Amérindiens qu'en s'engageant, en contrepartie, à établir des colons au Canada.

Le quartier de la cathédrale

Le quartier de la cathédrale

Ce privilège obtenu,  Pierre Du Gua de Monts se met immédiatement à organiser une compagnie de traite avec les marchands deSaint-Malo, de Rouen, et de Saint-Jean-de-Luz qui deviennent actionnaires ou associés, apportant à la compagnie l'énorme capital dont elle a besoin. Le principal collaborateur est un marchand de Rouen, Corneille de Bellois. La première expédition, lancée en 1604, compte à son bord, outre de Pierre Du Gua de Monts, Samuel de Champlain, Jean de Biencourt de Poutrincourt et François Dupont-Gravé.

Guillaume de Caën, un autre Rouennais, dirige, à partir de 1620,  la société pour la traite des fourrures. Devenu général de la flotte de cette nouvelle compagnie,  en retour d'un monopole de 15 ans, Guillaume de Caën s'engage à payer les émoluments du vice-roi et de Champlain, ainsi qu'à peupler le Canada de six nouvelles familles chaque année.

Mais Guillaume de Caën était protestant, ainsi que la majorité  de ses associés. Richelieu, sous l'influence des Jésuites et de la Cour, finit donc par supprimer sa société, créant, en 1627,  la Compagnie des Cent-Associés et interdisant aux protestants l'entrée au Canada. On reprochait à ces derniers de n'avoir vu dans la Nouvelle-France qu'un comptoir de traite et de ne s'être occupé ni de colonisation, ni d’évangélisation.  C'est pourtant aux frais de la compagnie de Guillaume de Caën que “ l'habitation ” de   Québec   avaitété  terminée.  Cependant,  les marchands rouennais ne perdent pas au change, ils se regroupent sous l’égide de la nouvelle compagnie et continuent leur commerce.

Le vieux Palais de Justice de Rouen, avec son aile gauche destinée aux réunions des marchands, le bureau des Finances (place de la Cathédrale, aujourd'hui occupé par l’Office de tourisme)  qui fut construit par Roulland le Roux, architecte du portail central de la cathédrale (1509),  La Chambre des comptes (entrée rue Saint-Romain,  à gauche) dont ne subsistent que la façade du fond (1525) et une partie de l'aile droite, évoquent l'intense activité des marchands rouennais et leur prospérité.

Mais Rouen, qui doit son appellation de “ville musée” à  ses vieux quartiers, où subsistent encore des centaines de maisons à  pans de bois, et à ses remarquables églises, l’abbatiale Saint-Ouen,  l’église Saint-Maclou, est aussi la patrie de Cavelier de La Salle, le fameux explorateur du Mississippi.

René-Robert Cavelier de La Salle est né le21novembre 1643.  Il est baptisé à l'église Saint-Herbland (aujourd'hui détruite) et habite rue du Gros-Horloge (une plaque rappelle son souvenir au coin de la rue du Bec et de la rue du Gros-Horloge).  Il fait ses études au collège des Jésuites (actuel lycée Corneille) où l'ont précédé Jean de Brébeuf, martyr canadien, et Pierre Corneille, le célèbre dramaturge. Cependant, la discipline ecclésiastique ne lui convient pas et il est, en 1667, relevé des voeux qu'il avait prononcés sept ans plus tôt.  Il songe alors à gagner le Canada auquel son éducation chez les Jésuites et l'atmosphère de sa ville natale l'ont amené à  penser fréquemment .Il a, d'autrepart,  un frère sulpicien à Montréal. Il arrive donc au Canada à lafin de1667. Les Sulpiciens lui font don d'une concession.  Il la revendra deux ans plus tard, après y avoir établi un poste de traite qui est à l'origine de l'actuel ville de Lachine.  Cet argent va  lui permettre de réaliser les rêves de voyages et d'exploration qu'il caresse depuis longtemps.  Ildésire,  en effet, découvrir la voie fluviale qui mène au Pacifique ; la fameuse mer de Chine que, sans connaître l’immensité du continent, on croit à l’époque assez proche, à l’ouest des Grands Lacs.

Une première exploration, mal préparée, se solde par un échec. Cavelier de la Salle, malade, rencontreLouis Jolliet, mais ne poursuit pas sa route vers le Mississippi. Auquel des deux explorateurs revient le mérite d'avoir découvert le Mississippi ?  Laissons les historiens régler ce délicat problème. Toujours est-il que, dès 1673, Cavelier de La Salle, bénéficiant de la protection du comte de Frontenac, établit des postes, jalons sur la route qui doit le mener au Mississippi. Il consolide le fort Frontenac, établit un fort à l'entrée du Lac Erié et sur le lac Michigan et obtient du roi la permission d'explorer la partie ouest de l'Amérique du Nord comprise entre la Nouvelle-France, la Floride et le Mexique.

Et c'est, en 1679, le départ pour la grande expédition. Cavelier de La Sallemet trois ans à atteindre son but, ne reculant devant aucun obstacle, affrontant maladie, distances, désertions.  Il dépasse enfin l'Arkansas - terme de l'expédition de Louis Jolliet et de Jacques Marquette - et, le 9 avril 1682, croyant atteindre lamer, il prend solennellement possession du pays au nom du roi de France.

Encouragé  par ce succès, Cavelier de la Salle forme de grandes espérances qu'il sait bientôt faire partager à  la cour en falsifiant,  au besoin, la vérité. Il obtient de commander une expédition qui a pour but de retrouver l’embouchure du Mississippi, qu’il croit avoir descendu jusqu’à la mer, dans le Golfe du Mexique. La fin de l'aventureest, cettefois-ci, désastreuse. Cavelier de la Salle ne retrouve pas le delta du Mississippi et meurt, assassiné par les membres survivants de son équipage. Quelques années plus tard, le Canadien, Pierre Le Moyne d’Iberville confirme l’intuition de Cavelier de la Salle, en retrouvant le delta du Mississippi dans le Golfe du Mexique, et en remontant el fleuve jusqu’à l’endroit où Cavelier de la Salle avait arrêté son exploration en 1682.

C'est au hasard des vieilles rues tortueuses du quartier du Gros-Horloge où il rêva si bien du Canada,  qu'il faut évoquer Cavelier de La Salle, personnage nerveux, instable, hâbleur, mais brillant,  inlassable et courageux.  Plus intuitif que géographe,  il consacra, quoi qu'on en dise, sa vie à l'exploration d'un pays dont l'immensité comblait sans doute son insatiabilité et son angoisse.

À  l'angle du boulevard des Belges et des quais de la Seine,  une belle demeure mérite notre attention. C'est une harmonieuse maison du xviiième sièclequiévoque la prospérité des marchands rouennais.  Il s'agit ici de la maison d'un armateur : les quatre figures sculptées de la façade représentent des “sauvages” d'Afrique et d'Amérique,  établissant clairement les itinéraires que parcouraient les navires rouennais de cette époque.

Parmi les nombreux colons qui ont quitté Rouen aux viiième siècle, retenons particulièrement ceux qui ont eu une nombreuse descendance :

La cathédrale de  ROUEN

La cathédrale de ROUEN

-  Paroisse Saint-Vincent (rue aux Ours ; de l'église en ruine,  il ne reste qu'un beau portail de 1515) : BarbeBaron, née en 1637, qui épouse Simon Chevreux en 1667 à Québec,  puis Jean Mérienne,  puis Guillaume Duboc ; Thomas Lefèvre,  né  en 1645, qui épouse Geneviève Pelletier en 1669 ; Charles Testard, né en 1640, qui épouse AnneLa Marque en 1666 à Montréal.

-  Saint-Vivien,  xvème siècle(placeSaint-Vivien)  : Madeleine Auvray, née en 1650, qui se marie avec NicolasMatte en1671 à Québec ; Marie Foubert, née en 1647, qui épouse Jean Cusson en 1656 à Trois-Rivières ; Marie Lasnon, née en 1647, qui se marie avec Pierre Ferré en 1667 à Québec,  puis avec Pierre Ledoux en 1701 ; Marie Lorgueil, née en 1638, qui épouse Toussaint Hunault dit Deschamps en 1654 à Montréal.

-  Saint-Maclou,  1436-début xvième siècle(rue de la République) : Pierre Boivin, né en 1643, qui épouse Étiennette Fafarden 1664 à Trois-Rivières ; Pierre Cocquin,dit Latournelle, né en1636, qui épouse Catherine Baudouin à Québec ; Jacques Genu,  né  en 1699,  qui épouse Marie-Hélène Gallien en 1727 à Québec , puisMarie-Josèphe Messagné  en 1741, Marie de Lamare, née en1650,  qui épouse Guillaume Régnault en 1668 ; Angélique Lefèvre, née en 1660, qui épouse Jean Gautier en 1675 à Québec, puis Pierre Brunet en 1690;  Jacques Saint-Yves dit Hogue,  né  en1652,  épouse Jacqueline Chartier en 1681 à  Pointe-aux-Trembles;  Anne Talbot, née en 1651, épouse Jean Gareau dit Saint-Onge en 1670 à Boucherville.

-  Saint-Godard, xvème - xvième siècles (rue Beffroy) :  Jacques Bourdon,  notaire royal, né en 1645, qui épouse en 1672 Marie Ménard à Boucherville ; Guillaume Couture, né en 1617 ; Jean Guenet,  marchand chapelier, né en 1646, qui épouse Étiennette Heurtebise en 1675 à Montréal ; Jacques Rivière Caporal, né  en 1674, qui épouse Catherine Ménard en 1699 à Boucherville.

-  Mais on ne connait pas les paroisses d'origine de Marie Blondel et Marie Blanchard parties au Canada comme filles à marier, ni de Jean Groux, marié en 1671 à Montréal, Jean-Baptiste Lecoq soldat durant la guerre de Sept Ans qui se maria au Fort Saint-Frédéric en 1757, Etienne Leveillé marié à Québec en 1671, Michel de Saint-Pierre qui s'est fixé à la Sainte-Famille sur l'Ile d'Orléans en 1679, et Jacques Tardif marié à Québec en 1669.

Des environs de Rouen sont également partis François Allard qui a quitté Blacqueville pour se marier à Québec en 1671, Thomas Chartrand, d'Ectot-les-Baons qui s'est marié  deux fois à Montréal à dix ans d'intervalle(1669et 1679),  Jean Dubuc qui a quitté Bois-Guillaume pour Québecen 1668,  Claude Larchevêque parti de Grugny qui est venu très tôt au Canada et s'est marié dès 1645 à Québec, Nicolas Patenau devenu de Berville qui est arrivé à Québec dès 1651 et Marin Richard dit Lavallée, enfant d'Authieux, qui s’est marié en 1669 à Québec.

SEINE-MARITIME
Varengeville-sur-Mer, le manoir d'Ango

Le manoir doit son nom au plus célèbre armateur dieppois du xvième siècle, Jehan Ango, qui le fit construire entre 1532 et 1537 et y reçut avec faste François Ier, en 1534.

Les bâtiments qui abritaient tout à la fois la ferme et la résidence campagnarde d'Ango, sont particulièrement remarquables : ils entourent une cour carrée, au centre de laquelle se dresse un colombier de briques polychromes. Le principal bâtiment d'habitation, avec sa tourelle d'escalier octogonale, est orné d'une loggia à quatre arcades de bois décorée de sculptures.

Jehan Ango était né à Dieppe en 1480. Suivant l'exemple de son père, dont il poursuivit les entreprises maritimes, il envoya de nombreux navires en direction de l'Afrique et de l'Amérique. Il est ainsi à l'origine du voyage du Florentin Giovanni da Verrazano, qui explora, en 1526, les côtes de l'Amérique du Nord jusqu'à la Floride.

La place des Canadiens rappelle le débarquement des Canadiens à Varengeville en 1942. Ce tragique épisode de la deuxième Guerre Mondiale est commémoré chaque année par les communes de Dieppe et de Varengeville.

Enfin pour les amateurs de botanique et de beaux jardins , le parc des Moustiers est un enchantement ; créé par un amateur éclairé du xixème siècle, Guillaume Mallet, il réunit des espèces rares venues de l'Amérique du Nord et du Sud , ainsi que de la Chine et du Japon.